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Portrait de Guy Dupont La donne La pensée du chien Mazette Chronique

Guy Dupont

Le bridge aujourd'hui

Novembre : Le bridge en correctionnelle

L’affaire n’a pas été évoquée dans la presse du bridge. Il est vrai que le sujet, qui concerne la triche, est un peu tabou. On peut le regretter. Ce n’est pas en se cachant derrière son petit doigt que l’on feindra d’admettre qu’elle n’existe pas.
Lors de la sélection seniors 2006 pour les championnats d’Europe (et du monde), j’avais relaté les résultats de cette épreuve dans ma chronique du Figaro Magazine, en citant le nom des vainqueurs, ainsi que ceux des finalistes et des demi-finalistes, avant de préciser :
"Il serait certainement bon, à propos des sélections, que la fédération revoie ses règlements, car, parmi les finalistes, il y avait un joueur qui a déjà été condamné à une suspension de cinq ans pour tricherie. Rien n’aurait été moins sûr, en cas de qualification en équipe de France, qu’il puisse poursuivre l’épreuve au niveau international, car les fédérations européenne et mondiale peuvent interdire la participation à leurs compétitions à quiconque, sans avoir à se justifier, et elles l’ont déjà fait à l’encontre de joueurs qui ont gravement nui à l’éthique du bridge."
Il me paraissait juste et naturel qu’un journaliste puisse soulever ce grave problème d’éthique. Mais que n’avais-je pas écrit là ! R.B., le finaliste en question, se reconnut entre les lignes et estima que cet article portait atteinte à son honneur et à sa considération (plus de dix ans, il est vrai, après sa condamnation par la FFB), et décida d’intenter un procès au Figaro et à son directeur général, pour diffamation publique. Et de demander notamment 30 000 euros de dommages et intérêts.

La XVIIe Chambre Correctionnelle de Paris a rendu son jugement, en juin dernier. R.B., reçu en sa constitution de partie civile, a été débouté de toutes ses demandes, et le Figaro a été relaxé.
Dans ses attendus, le tribunal rend - de mon point de vue - un bel hommage à la liberté de la presse. Ainsi :
Attendu que si les imputations diffamatoires sont réputées de droit faites avec intention de nuire, elles peuvent cependant être justifiées lorsque leur auteur établit sa bonne foi, en prouvant qu’il a poursuivi un but légitime, exclusif de toute animosité personnelle, qu’il s’est appuyé sur des éléments d’informations sérieux et qu’il a conservé dans l’expression une suffisante prudence.
Ou encore :
Attendu qu’il paraît légitime pour un journaliste spécialisé d’évoquer, dans un article consacré aux épreuves de sélection des joueurs de bridge devant représenter la France aux championnats d’Europe de Varsovie, une situation - ancienne condamnation pour manquement à l’éthique du bridge d’un participant aux épreuves de sélection - susceptible, en cas de qualification de ce joueur, de remettre en cause sa participation à ce championnat.
Attendu qu’il résulte des pièces versées au débat que Guy Dupont, journaliste spécialisé depuis de nombreuses années, disposait d’éléments d’information suffisants pour lui permettre d’écrire qu’ « un joueur » parmi les finalistes, en l’espèce la partie civile, « a déjà été condamné à une suspension de cinq ans pour tricherie », condamnation publique qu’au demeurant R.B. reconnaît dans ses dernières écritures, et qui a fait, en son temps, l’objet de divers articles dans la presse spécialisée.
Attendu qu’il convient de considérer qu’en se bornant à faire état d’une condamnation - qui même ancienne conservait tout son intérêt dans les conséquences toujours actuelles et graves qu’elles pouvaient avoir -, sans mentionner le nom de l’intéressé et sans se livrer à aucun commentaire personnel désobligeant à son encontre, le journaliste a, en l’espèce, fait preuve d’une prudence suffisante dans l’expression.
J’ajouterai que j’ai tout de même été un peu déçu que la fédération m’ait si peu soutenu dans cette affaire - elle avait notamment refusé de me transmettre le jugement condamnant R.B. pour tricherie, mais, certes, elle était dans son droit en refusant de le faire.

Quoi qu’il en soit, et en conclusion, il me semble que l’article du Figaro Magazine aura tout de même fini par faire avancer les choses. Lors d’un récent Bureau exécutif de la FFB, une modification du règlement disciplinaire a été envisagée. Le compte rendu du Bureau précise, en effet : « Il est envisagé de remanier quelque peu le règlement disciplinaire, en particulier en introduisant parmi l’arsenal des sanctions, une sanction spécifique pour qu’à l’avenir un joueur qui serait condamné pour tricherie ne puisse à l’issue de sa peine (si elle est limitée à une suspension) participer aux épreuves de sélection et représenter la France dans les championnats par équipe nationale et ce de manière définitive ».  Il n’est pas toujours bon d’avoir raison trop tôt…

Décembre : A divers titres ...

Les sexagénaires ont frappé !

C’est dans les vielles marmites qu’on fait la meilleure soupe…
Voilà une réflexion bien franchouillarde qui vient à l’esprit quand on connaît le résultat du championnat de France de première division par équipes. La formation victorieuse était composée de Chemla, Lebel, Meyer, Reiplinger, Salama (Damiani, le sixième homme, n’a pas participé à l’épreuve). Paul Chemla et Michel Lebel, anciens juniors doués - ils sont les véritables pères de la majeure cinquième - ont gagné leurs premiers titres dans les années 70. Près de 40 ans plus tard, ils tiennent toujours le haut du pavé. Lebel, pour sa part, et bien que s’étant mis en retrait de la haute compétition depuis plus d’une décennie, épingle là son vingtième titre national - « dont aucun en mixte », se plaît-il à préciser (ni, bien entendu, en senior) - ce qui doit constituer un record dans le palmarès hexagonal. Incroyable longévité ! Au bridge, on n’a que l’âge de son talent.
Encourageant pour tous les seniors qui forment la base de la pyramide des âges des licenciés français, mais, tout de même inquiétant de constater que la relève tarde à ce point.

Aux Niçois qui mal y pensent.

J’ai été surpris par le titre d’un article du Figaro Magazine, signé d’Alain Lévy, consacré à la finale du championnat de France Interclubs : « Les Interclubs pour Zimmermann ». Lévy était, certes, bien placé pour en parler, étant membre de l’équipe victorieuse, avec Bompis, Mouiel, Multon, Quantin, Zimmermann, qui défendait les couleurs du Colonial Bridge Club de Nice - dont Franck Multon est l’emblématique animateur.
Pourquoi l’ancien journaliste de cette chronique que je suis trouve-t-il quelques raisons à s’étonner de ce titre ?
Il n’est pas très original, mais après tout, on ne peut pas toujours l’être dans ce domaine, et un titre laconiquement informatif peut pallier ce manque. Opter pour le nom du capitaine est un raccourci qui peut se concevoir, mais dans l’Interclubs, précisément, ne sont-ce pas plutôt le club victorieux ou la ville de Nice qui auraient mérité être mis en exergue, surtout dans un journal « grand public » ?
Ethiquement parlant, je tique en voyant le nom du capitaine mis en avant, quand je sais que celui-ci est le sponsor de l’équipe et qu’il rétribue notamment le signataire de l’article du Figaro Magazine.
Après cela, nul doute que Lévy méritera de son capitaine une petite augmentation. Et qu’importe si ma déontologie journalistique en prend tout de même un petit coup derrière les oreilles.

Pour terminer sur un ton plus léger avec le problème du titre à trouver pour illustrer un article, je me souviens avoir planché pendant des heures lorsque Annecy a gagné l’Interclubs, en 2003. Après plusieurs essais de piètre qualité, tous mes titres s’étaient retrouvés rageusement raturés et avaient terminé à la corbeille. Le lendemain matin, en me réveillant, une idée m’était venue spontanément à l’esprit : Annecy soit-il. Je n’étais pas mécontent de ma petite trouvaille. Au point que, trois ans plus tard, manquant de nouveau d’imagination lors de la victoire de Nancy dans l’Interclubs, j’avoue avoir bêtement profité du filon, avec ce titre : Nancy soit-il  !

Janvier Bush malmené par les championnes du monde !
On a frisé l’incident diplomatique à Shanghai, rebondissement  aux Etats-Unis

La victoire de l’équipe féminine américaine dans la Venice Cup, à Shanghai, a fait, pour une fois, les choux gras de la grande presse d’Outre-Atlantique. Malheureusement, non pas pour saluer ce nouveau titre national - la grande presse ne s’intéresse généralement pas plus au bridge aux Etats-Unis qu’en Europe -, mais pour évoquer le « scandale » (l’incident, selon certains) qui a marqué la cérémonie de remise des médailles, au soir du banquet final des championnats du monde.  
En effet, on avait pu voir sur la plus haute marche du podium l’une des médaillées, Debbie Rosenberg, jouer les porte-parole de son équipe en brandissant un message (rédigé au dos d’un menu) : « Nous n’avons pas voté pour Bush ». En plein territoire chinois, où, comme chacun le sait, les libertés individuelles, la liberté d’expression et le droit à la contestation ne sont guère l’apanage des citoyens de la grande république populaire, cela faisait tout de même un peu désordre !

 
Gros plan sur la plus haute marche du podium, à Shanghai.
De gauche à droite, Jill Levin, Jill Meyers, Debbie Rosenberg et Irina Levitina (manquent Mmes Narasimhan et Stansby).

L’affaire n’avait toutefois pas provoqué de réaction officielle lors de la cérémonie. Mais au lendemain du championnat, la fédération américaine présentait des excuses à la fédération mondiale et à la fédération chinoise pour le comportement de ses joueuses. Aux Etats-Unis, réactions et critiques furent vives contre cette « déclaration politique déplacée », cet acte « antipatriotique ». Des télévisions, des journaux (comme le New York Times), des agences (dont l’Agence France Presse), relayèrent l’information. Le grand Bobby Wolff lui-même prit la parole pour dire que s’il reconnaissait aux joueuses le droit de s’exprimer et de critiquer, celles-ci n’en avaient pas moins offensé bon nombre de personnes, et qu’un événement comme un championnat du monde n’était pas un tremplin pour l’expression des idées politiques. Pour sa part, l’équipe féminine française vola au secours des Américaines, estimant comprendre ce geste « non violent et spontané », ajoutant un étonnant couplet sur la folie des hommes que les femmes du monde entier se doivent de dénoncer. Un soutien qui passa mal auprès de certains médias, fustigeant le traditionnel anti-américanisme des Français.  
La commission des arbitres de la fédération américaine envisagea des sanctions contres les joueuses (dont trois, Mesdames Meyers, Narasimhan et Stansby exprimèrent leurs regrets) : une suspension d’un an, une année probatoire, et 200 heures de travail au service du bridge. Mais finalement, après entrée en lices des avocats des deux parties, la fédération opta pour la tolérance et abandonna purement et simplement toutes les charges contre celles-ci. Les joueuses, en compensation, acceptèrent de reconnaître comme légitime sa requête stipulant que, désormais, les membres d’une équipe représentant les Etats-Unis dans un championnat ne devraient utiliser la cérémonie de remise des médailles à d’autres fins que celle pour laquelle elle était faite.  


Février : Manque de Pau 
          
  Les 49èmes championnats d’Europe de bridge, prévus à Pau du 15 au 29 juin prochains, auront-ils lieu ? Rien n’est moins sûr.
A moins de cinq mois de leur ouverture, le Conseil municipal de la capitale béarnaise vient de décocher une flèche empoisonnée dans le dos de la Fédération française de bridge : lors de sa dernière réunion (et l’ultime avant les prochaines élections municipales de mars), celui-ci a décidé, par 23 voix contre 17, de rejeter purement et simplement la subvention de 314 367 euros (pour être précis) qui devait être allouée à la FFB pour l’organisation des championnats. Incroyable revers de situation ! Mais comment a-t-on pu en arriver là ?
           
Voyons cela de plus près. Le 7 décembre 2005, le maire (PS) de la ville, André Labarrère, grande figure politique régionale, s’engageait par courrier à prendre en charge une partie des frais d’organisation pour la somme en question. Après le décès d’André Labarrère, l’an dernier, son successeur, Yves Urieta, entendait honorer cet engagement, qui permettait, avec la venue de quelque 2.500 personnes à Pau pendant deux semaines, d’espérer des retombées économiques juteuses pour la ville et ses commerçants (estimées à près de 4 millions d’Euros). Mais voilà ! La cuisine politique locale, sur fond d’échéances électorales, a mis le feu aux marmites. Yves Urieta, membre du PS, se représente aux prochaines municipales, mais comme un candidat d’ouverture (il a été reçu à l’Elysée par Nicolas Sarkozy). Certains membres du Conseil, qui ne le lui pardonnent pas, se trouvent un penchant soudain pour le croc-en-jambe. Autre élément important de nature à semer la zizanie au sein de la municipalité : la décision de François Bayrou de briguer la mairie de Pau. Du coup, certains adjoints ont décidé de changer de casaque et de rouler désormais pour le père du Modem, qui s’est toujours affiché comme un digne héritier de Henri IV, autre grande figure béarnaise.
           
Parmi les arguments des divers opposants à Urieta pour rejeter le budget des championnats d’Europe :
 
           - « depuis deux ans, la fédération n’a entrepris aucune recherche de financement, à travers un partenariat d’entreprise. »
           
- « Rien que pour le dîner de cérémonie de clôture, la FFB demande 55 000 euros. Cela dépasse les limites. »
           
- « Le budget en question représente 380 euros par participant à ces championnats. Trop cher pour du tourisme d’entreprise ».
            Le Maire crie à la magouille politicienne et aux arrière-pensées électoralistes. «Si je suis élu en mars, ma première décision sera de faire adopter ce budget»
           
Oui, mais s’il ne l’est pas ! Voilà donc la fédération dans de beaux draps. Elle ne peut tout de même pas supputer sur l’éventuelle victoire d’un des candidats - pas vraiment favori depuis l’entrée en lice de Bayrou. Sera-t-elle alors capable de trouver des sponsors pour combler le trou ? On n’imagine pas que ce soit actuellement la Société Générale qui le bouche ! Sans doute la FFB a-t-elle péché par laxisme dans cette affaire - d’autres emploieront un mot plus fort. Elle aurait dû être plus vigilante et s’attacher à faire verrouiller la décision de la subvention municipale depuis belle lurette. Et disposer ainsi d’un contrat en bonne et due forme.
           
La prochaine réunion du Bureau de la FFB aura lieu les 8 et 9 février. Avis de tempête à prévoir. La question que l’on se pose : y aura-t-il suffisamment de présidents de comité en colère pour retirer leur confiance au Président Yves Aubry ?
      Il existe peut-être un homme pour sortir la FFB de ce pétrin. Tout le monde y pense instantanément. Suivez mon regard… Si vous n’avez pas trouvé, voyez du côté de la présidence de la fédération mondiale. José Damiani, grand ordonnateur de manifestations internationales de bridge, accepterait-il de relever ce défi, après avoir été mis sur la touche du bridge hexagonal il y a cinq ans, dans des conditions qui ne font pas honneur à la FFB ? Ce serait une sacrée revanche.

                                                                                                         Mars : la Chute  
Du nouveau en tête du classement mondial des bridgeurs (actualisé sur les dix dernières années) : six Italiens aux six premières places, mais Lorenzo Lauria a perdu sa couronne et ce sont les petits jeunes qui se sont emparés du commandement, Fulvio Fantoni étant désormais numéro un, et Claudio Nunes numéro deux. Les douze premiers :
1- Fantoni (Ita) - 2- Nunes (Ita) 3- Duboin (Ita) 4- Bocchi (Ita) 5- Lauria (Ita) 6- Versace (Ita) 7- Meckstroth (USA) 8- Hamman (USA) 9- Rodwell (USA)
10- Helness (Nor) 11- Helgemo (Nor) 12- Mahmood (USA) 
Côté français, c’est l’effondrement. On ne trouve plus que deux joueurs dans le top 50 : Frank Multon est 39e, et Paul Chemla, 46e.Dans le classement des Grands Maîtres mondiaux (prenant en compte la totalité des performances), Hamman est toujours en tête, devant Garozzo, Wolff, Forquet, Meckstroth, Rodwell, Chagas, Lauria, Stansby et Martel. On trouve six Français dans le top 50 de cette catégorie : Chemla, 17e, Perron, 24e, Mouiel, 30e, Mari, 32e, Lebel, 33e, Lévy 41e.
Chez les Dames, l’Allemande Sabine Auken garde sa couronne, après avoir détrôné Catherine d’Ovidio l’an dernier - la Française retombe à la 5e place. Trois Américaines sont à l’affût, et on trouve deux autres Françaises, Sylvie Willard et Bénédicte Cronier, parmi les douze premières
1- Auken (All) 2- Levitina (USA) 3- Meyers (USA) 4- Levin (USA) 5- d’Ovidio (Fra) 6- Von Arnim (All) 7- Willard (Fra) 8- Vriend (Pays-Bas) 9- Wang (Chine)
10- Nehmert (All) 11- Cronier (Fra) 12- Sokolov (USA)Deux autres Françaises figurent dans le top 50 : Véronique Bessis, 24e, et Danièle Gaviard, 29e. Au classement des Grands Maîtres mondiaux féminins, Jill Meyers (USA) précède Auken (All), von Arnim (All), Sanborn (USA), Levitina (USA), Deas (USA), Levin (USA), Sokolov (USA), Smith (Angl), d’Ovidio (Fra).
Autres Françaises parmi les cinquante premières : Willard, 15e, Cronier, 26e,  et Gaviard, 44e

Du choix des capitaines
Du rififi dans le choix des capitaines des équipes de France Open et Dames qui disputeront les championnats d’Europe, en juin, à Pau. Les joueurs de l’équipe Open (Bompis, Quantin, Lévy, Mouiel, Multon, Zimmermann) ont fait connaître leur désir, auprès de la commission de sélection, d’avoir Jean-Claude Beineix pour capitaine. Et les joueuses (Mmes Cronier, Willard, d’Ovidio, Gaviard, Bessis, Nève-Raczsynska), celui d’avoir José Damiani à leur tête. Un choix qui n’était pas pour plaire aux dirigeants de la FFB. Les candidats, tous deux anciens présidents de la fédération française (Damiani étant de surcroît président de la fédération mondiale), connaissent bien, certes, les rouages du bridge international, mais ils ne sont guère en grâce auprès des dirigeants français actuels. Dans un premier temps, la FFB, s’est opposée à ces choix. La société (de marketing et de relations publiques) anciennement dirigée par Damiani n’est-elle pas actuellement en procès avec la FFB, pour une affaire de rupture de contrat ? Et alors, s’étonnèrent les joueuses ! Il n’en est même plus le président, ayant pris sa retraite. Mauvaise querelle qu’on lui cherche. Après palabres et tergiversations, rien ne s’opposant fondamentalement au choix des joueuses, José Damiani était sur le point d'être désigné capitaine. En revanche, la candidature de Jean-Claude Beineix a été écartée. Non pas tant pour un argument qui fut un moment évoqué : le fait que Beineix, en son temps, avait été licencié de son poste de dirigeant administratif de la FFB - à vrai dire, son départ avait été négocié après un accord amiable entre les parties. Mais en raison de cet autre argument : il est membre du Bureau de l’European Bridge League, et, à ce titre, chargé de l’organisation des championnats d’Europe de Pau. Une activité incompatible avec une fonction parallèle de capitaine, a estimé la FFB, qui n’aura finalement mangé que la moitié de son chapeau

Fin

C’est bête, parfois, la vie. Peter Hecht-Johansen s’est suicidé, à 47 ans, d’un coup de revolver, dans son appartement de Londres. Ce Danois milliardaire - il avait hérité d’un gigantesque groupe pharmaceutique fondé par son grand-père - était passionné de bridge. Il avait créé, il y a cinq ans, la Hecht Cup, à Copenhague, un tournoi sur invitation auquel était conviée une grande partie du gratin mondial, dans la lignée du Tournoi du Sunday Times. On le voyait dans la plupart des grands festivals français, associé à des champions, où sa bonne humeur était légendaire. Mais beaucoup ignoraient qu’il était souvent dépressif.
Souvenirs
Henri Salvador, qui vient de mourir, était bridgeur - très modeste, certes, ce qui ne l’a pas empêché de participer une fois au festival de Juan-les-Pins. Voici trois de ses réponses à une interview qu’il avait accordée à La Lettre du Bridge, en janvier 1989 :
- Quels vœux présentez-vous aux bridgeurs ?
- H. S. Qu’ils aient plus d’indulgence envers partenaires et adversaires.
Qu’ils laissent au vestiaire leur égoïsme et leur prétention. Faut rigoler, quoi !
- Votre portrait-robot du bridgeur (euse) de tournoi ?
- H.S. Aïe ! Aïe ! Les derniers jours de Pompéi ! Quelque temps avant la catastrophe. Ruines romaines. Des dents qui jouent des castagnettes. Et le « top » vers le bas.
- Que manque-t-il au bridge pour devenir populaire ?
- H.S. Les champions n’engendrent guère la joie. Et trop de petits, bien habillés, habitant les beaux quartiers, ont une attitude malsaine. Sans parler d’une impolitesse généralisée. Elevons le débat. Il faut décompresser, sourire et déculpabiliser celui qui chute ! Je suis venu au bridge pour m’amuser, et me trouve entouré de vautours et de professeurs inutiles.

Avril : un mort qui se porte bien


          
Il existe de nombreux mots anglais dans le vocabulaire du bridge. Rien de plus normal, vous diront ceux qui sont persuadés que ce sont les Anglais qui ont inventé ce jeu. En réalité, ceux-ci ne l’ont pas inventé, mais ils ont contribué à codifier les règles des enchères, avec les Américains, à partir des années 1900. Petit rappel historique : le bridge a été introduit à Londres en 1894 par Lord Brougham, alors que l’on y jouait déjà en France, comme en témoigne un article du Figaro du 26 novembre 1893, qui révèle un engouement parisien pour « ce nouveau jeu de bridge » ; celui-ci aurait pris son essor dans les milieux grec et israélite de Constantinople une trentaine d’années plus tôt, mais Jean-Louis Counil, auteur de La naissance du bridge (paru en 2004 aux éditions DAG Jeux), situe plus précisément sa naissance en Grèce dans les années 1850. 

       
Faut-il éradiquer tous les mots anglais de notre vocabulaire du bridge, comme le souhaitent les plus ardents défenseurs de notre langue ? N’exagérons pas. Il est vrai que certains auteurs abusent de termes anglais. Pourquoi se lancer dans un jump quand on a le saut à sa disposition, pourquoi procéder à un timing rigoureux alors qu’un minutage est tout aussi précis, pourquoi inventer le switch lorsqu'une contre-attaque fait l'affaire, pourquoi parler d’une enchère forcing, alors qu’elle est tout simplement impérative ou même forçante, et pourquoi donner le fit à son partenaire plutôt qu’un soutien (ou fitter plutôt que soutenir) ? Parlons français, tant que nous le pouvons. Mais que dites-vous, alors, en cas de misfit ? Là, le mot paraît nettement plus difficile à remplacer. Et, pendant que vous y êtes, quel sort allez-vous réserver au squeeze et au cue-bid ? Certains ont risqué une traduction, pas nécessairement très heureuse. Dans Le bridge et ses drôles de dames, Léo Braverman et Hervé Mouiel ont remplacé squeeze par rencognage (et squeezer par rencogner), et cue-bid par enchère d’emprunt, et dans L’efficacité au bridge, Jacques Delorme a transformé le cue-bid en réplique.
Mieux vaut plutôt, me semble-t-il, laisser les emprunts aux banquiers et les répliques aux acteurs. 
           
En 1839, un des grands-pères du bridge, Alexandre Louis Honoré Lebreton-Deschapelles publiait son fameux Traité du Whiste, qui fit autorité, même auprès des Anglais qui étaient pourtant maîtres dans la pratique de ce jeu. Ce défenseur farouche de la langue française avait tenu à ajouter un « e » à Whist, afin de lutter (déjà) contre l’invasion des mots d’Outre-Manche dans notre vocabulaire. C’est à lui que l’on doit, par exemple, le mot impasse, pour remplacer ce que les Anglais appelaient appellent toujours) finesse. Ce qu’avait oublié Deschapelles, c’est que la finesse était un mot d’un jeu de cartes français adopté en Angleterre au XVIIIe siècle. 

           
Deschapelles eut cependant moins de chance avec le mot mort (on jouait, à cette époque, au Whist à trois avec un mort), appelé dummy - homme de paille - par les Anglais. Après avoir hésité entre l’aveugle ou le muet, il proposa finalement de le remplacer par l’ingénu. Force est de constater que, près de deux siècles plus tard, le mort est toujours bien vivant.


Mai - Le coup de Merrimac
 

Aujourd’hui, petite incursion dans la petite histoire du bridge.
Commençons par ce problème de défense :

ª 7 2  
© V 4  
¨ A 6 ª 5 3
§ A D 10 9 5 4 3 © R 8 6
  ¨ D V 7
  § V 7

                                              S              N
                                          
   1
ª             2§
                                             
2SA          3SA

Ouest entame du 5 de © (en 4e meilleure). Comment défendez-vous ? Comment appelle-t-on ce coup ? Quelle est son histoire ? ______________________________________________________

Solution
:  le coup de Merrimac 

  ª 7 2  
  © V 4  
ª D 10 9 6   ¨ A 6 ª 5 3
© D 9 7 5  § A D 10 9 5 4 3 © R 8 6
¨ 8 4 3 2   ¨ D V 7
§ 6  ª A R V 8 4 § V 7
  © A 10 3 2  
  ¨ R 10 9 5  
 

§ R 8 2

 

            Votre partenaire n’a pas plus de quatre cartes à Cœur et pas plus de quatre points d’honneurs. Prenez l’entame de l’As de Cœur et contre-attaquez bravement du Roi de Carreau. Si vous ne le faites pas, le déclarant se trouvera en mesure de profiter de l’affranchissement de sa belle couleur à Trèfle, une fois qu’il vous aura abandonné le Roi - la couleur étant exploitable grâce à la remontée à l’As de Carreau.
           
La contre-attaque du Roi de Carreau livrera au déclarant deux autres levées dans la couleur, mais elle le limitera à deux levées de Trèfle, alors que celui-ci en aurait disposé de six sur un flanc passif. Ainsi, le contrat chutera - après que vous aurez laissé passé un tour de Trèfle.
           
Ce sacrifice d’un honneur pour tuer la communication avec le mort a été baptisé par Ely Culbertson « le coup de Merrimac », en référence au sacrifice du navire charbonnier qui se saborda, en 1898, à l’entrée de la Baie de Santiago de Cuba, pour interdire le passage de la flotte espagnole (restée ainsi prisonnière dans le port), durant la guerre hispano-américaine. On devrait d’ailleurs dire le « coup du Merrimac »
  Ely Culbertson (1891-1955)

Certains auteurs ont pris quelque liberté avec la vérité historique, à propos de ce coup. On présente souvent le bâtiment comme un navire de guerre, en situant le sabordage dans la Baie de Santiago du Chili. Mais le pompon revient à un récent ouvrage de bridge dans lequel on peut lire : « En souvenir du croiseur Merrimac, qui s’est sabordé pour bloquer la flotte anglaise lors de la guerre de Sécession américaine ».
 
La guerre hispano-américaine a eu lieu en 1898. Il n’a fallu que six mois aux Américains pour l’emporter sur les Espagnols qui n’entendaient pas abandonner leurs possessions dans les Caraïbes.  Le cuirassé USS Maine coulé dans la rade de La Havane en 1998  

Juin : Autopsie d’un championnat du monde

Lors des derniers championnats du monde à Shanghai (Bermuda Bowl, Venice Cup, Seniors Bowl et Transnational par équipes), des statistiques ont été établies sur les enchères et le jeu de la carte à toutes les tables pendant les deux semaines de compétition – tout le monde jouant les mêmes donnes. Le Néo-Zélandais Jeff Miller s’est livré à l’analyse de ces précieuses données - 48 704 résultats concernant 822 donnes - et voici un résumé des principaux enseignements :
Du swing dans l’air !

Dans les quatre compétitions au programme, le swing moyen par donne a été de 4,25 imp. C’est beaucoup. Pour être plus précis, on a échangé 68 imp en moyenne lors de chacune des séances de seize donnes. Dans la Bermuda Bowl, on a moins lâché, mais c’est très relatif, car voici le résultat moyen par épreuve :
Bermuda Bowl : 4,22 imp par donne
Venice Cup : 4,25
Seniors Bowl : 4,31
Transnational : 4,23
Sur 28 % des donnes, les équipes sont parvenues à une égalité (30 % dans la Bermuda Bowl), et sur 14 % d’entre elles, le swing n’a été que d’1 imp. Mais on a enregistré des écarts de 5, 6 ou 7 imp dans 17 % des cas, et des écarts égaux ou supérieurs à 10 imp dans près de 18 %.  
A la fameuse question « une compétition se gagne-t-elle à l’enchère ou au jeu de la carte ? », Miller tente d’apporter une solution chiffrée : de ses calculs, il résulte que la part de la construction de la victoire dans les différentes rencontres est due à 64 % aux enchères et à 36 % au jeu de la carte.

Le bon contrat
Le contrat le plus demandé a été la manche en majeure : 28 % des donnes. Mais elle n’a réussi que dans 68 % des cas. Elle est suivie par 3 SA, 20 % (pour 71 % de réussite). Viennent ensuite le contrat de 2 en majeur, 12 % (72 % de réussite), celui de 3 en majeure, 8 % (pour une réussite qui descend à 58 %), et celui de 1 SA, 7 % (dont on dit qu’il est le plus difficile à jouer, mais 69 % des déclarants n’ont pas manqué de le mener à bon port). Les petits chelems n’ont été joués que dans un peu plus de 5 % des cas (mais 6 SA, le moins fréquent - moins de 1 % -, n’a eu qu’un taux de réussite de 51 %).

Les ouvertures favorites
Quel que soit le système pratiqué, l’ouverture mineure a été la plus fréquente : 43 %. Elle devance largement l’ouverture majeure - 28 % - et l’ouverture de 1 SA - 15 %. L’ouverture de 2 en mineure représente 5 % des cas et celle de 2 en majeure, 4 %. Toutes les autres ouvertures, hormis celle de 3 en majeure (2 %), ne dépassent pas 1 %.
Voilà. Tout cela ne fera peut-être pas avancer le bridge, mais ne nous apporte pas moins un éclairage intéressant sur la pratique de ce jeu dans la haute compétition.

                                                                                        FFBBOut  
Dans l’As de Trèfle, la revue de la fédération française de bridge, on apprend que FFBBO, le site de jeu en ligne sur Internet, créé en février 2007 à l’intention des licenciés français, en collaboration avec BBO (Bridge Base Online), va cesser son activité. « La FFB a décidé de ne pas poursuivre cette expérience », est-il pudiquement écrit.
Il lui en aura fallu du temps à la FFB pour se rendre compte qu’elle allait droit dans le mur, en créant à grand frais ce site, alors que, dès son ouverture, nombreux étaient ceux qui entonnaient le refrain de la « chronique d’une mort annoncée ». A quoi bon, en effet, créer un site exclusivement national, quand tous les bridgeurs français, ou ceux qui jouent un système français (et ils sont nombreux), peuvent se retrouver librement et très facilement sur BBO ?
La FFB ne nous donne pas le montant de la note que cette « expérience » aura coûté. 100 à 150 000 euros sont les fourchettes qui circulent sur internet - salaires et coûts d’hébergement compris. D’avantage, selon d’autres. La FFB est très riche et gaspille à merveille l’argent des licenciés.

                                                                                Chaises musicales  
La nomination des capitaines des différentes équipes pour les championnats d’Europe de Pau et des jeux mondiaux de l’esprit de Pékin ressemble à un ballet de chaises musicales.
Finalement, la fédération n’a pas accepté que José Damiani, président de la fédération mondiale, soit le capitaine de l’équipe féminine pour Pau, contrairement au souhait des joueuses. Mais qui désigner à sa place ? Difficile de remplacer une telle personnalité du bridge, de surcroît compétente à ce poste. Bon nombre de candidatures ont été envisagées. A l’heure qu’il est, à moins de quinze jours de l’ouverture des championnats de Pau, on vient tout juste de sortir du chapeau deux juniors, par ailleurs fils de joueuses de l'équipe, pour un capitanat bicéphale : Julien Gaviard sera capitaine et Thomas Bessis, coach. Bizarre tout de même !
Pour Pékin, Hervé Mouiël sera capitaine de l'équipe féminine et Michel Lebel, celui de l’équipe seniors. Rien à redire. Leur expérience et leur stature de champions internationaux plaident pour eux. En revanche, on peut s’étonner de la désignation de Romain Zaleski comme capitaine de l’équipe Open dans la capitale chinoise. Zaleski n’est pas très connu sur la planète bridge. C’est un homme charmant, bien sous tous rapports, bon bridgeur, mais on cherche en vain ses exploits bridgesques. En réalité, ses exploits ont été plutôt accomplis du côté de la Bourse. Ce polytechnicien, ancien chef d’entreprises, ancien actionnaire principal d’Arcelor, a notamment consolidé sa fortune quand Mittal a racheté Arcelor. Un capitaine d’industrie peut-il être un bon capitaine au bridge, bien que ne connaissant pas les rouages de la compétition internationale ? 
Pourquoi pas, a estimé la FFB, qui doit bien avoir quelques autres idées derrière la tête…

                                                  Juillet - Août : ChaPau les Françaises !
                                               
Pau de chagrin pour les Français...  

            Coup de projecteur sur Pau, où viennent de se dérouler les 49es championnats d’Europe. Commençons par le résultat des équipes de France. La très bonne nouvelle, c’est la victoire de l’équipe féminine française (Mmes Bessis-Nève, Cronier-Willard et Gaviard-d’Ovidio), dans la continuité du titre obtenu, il y a deux ans, à Varsovie. La mauvaise, ou plutôt les mauvaises, c’est la 9e place respective des équipes Open (Bompis-Quantin, Lévy-Mouiel et Multon-Zimmerman) et seniors (Grenthe-Vanhoutte, Meyer-Stretz et Piganeau-Py), car seuls les six premiers sont qualifiés pour les championnats du monde, l’an prochain à Sao Paulo. 
           
En Open, la compétition avait adopté une nouvelle formule qui a fait l’unanimité, car elle ne s’apparentait plus, comme auparavant, à un exercice de tir aux lapins : les 38 équipes participantes étaient réparties en deux groupes. Objectif : terminer parmi les neuf premiers, à l’issue de matches de vingt donnes, pour pouvoir poursuivre sa route en seconde semaine, où les dix-huit prétendants se rencontraient tour à tour (toujours en des matches de vingt donnes). Le niveau était ainsi plus relevé et plus homogène, et la course au titre, beaucoup plus belle. Dans leur groupe éliminatoire, les Français prirent un mauvais départ, mais se rattrapèrent pour terminer finalement sixièmes.

            Le classement de leur poule :  
1 Suède, 376 - 2 Russie, 343 - 3 Norvège, 335 - 4 Bulgarie, 335 - 5 Allemagne, 329
6 France, 319 - 7 Pologne, 314 - 8 Portugal, 310,5 - 9 Estonie, 290, etc. (sur 19)

           
Le classement de l’autre poule :
1 Pays-Bas, 341 - 2 Italie, 339 - 3 Islande, 323 - 4 Lettonie, 323 - 5 Israël, 319
6 Danemark, 315 - 7 Turquie, 314 - 8 République tchèque, 310 - 9 Angleterre, 301, etc. (sur 19)
            Dans la phase finale, les Français prirent encore un mauvais départ, mais revinrent en course au tiers du parcours, en accrochant même une satisfaisante cinquième position. Malheureusement, certaines rencontres contre des équipes plus modestes tournèrent au vinaigre, et malgré une bonne victoire contre l’Italie sur l’avant-dernier match - qui leur laissa une lueur d’espoir -, ils finirent par s’incliner 10 à 20 contre l’Islande dans la dernière rencontre, ce qui les relégua finalement à la 9e place (il aurait fallu gagner ce match 20 à 10 pour arracher la précieuse 6e place).
 
           Le classement final
:
1 Norvège, 299
- 2 Russie, 287 - 3 Allemagne, 286 - 4 Bulgarie, 285 - 5 Italie, 279 - 6 Pays-Bas, 273
7 Danemark, 269 - 8 Islande, 265 - 9 France, 263 - 10 Suède, 262 - 11 Turquie, 251 - 12 Angleterre 242 (sur 18)  

           
Il s’agit du premier titre européen pour la Norvège (Helgemo, Brogeland, Lindqvist, Molberg, Aa, Lund), qui arrive quelques mois après sa victoire dans la Bermuda Bowl (seuls Helgemo et Brogeland étaient membres de l’équipe de Shanghai).
            On notera que les quatre premiers ont terminé aux cinq premières places de leur groupe éliminatoire, et que les deux autres qualifiés pour la Bermuda Bowl ont fini aux deux premières places du leur, ce qui tendrait à prouver, s’il en était besoin, que le bridge n’est pas un jeu de hasard (la Suède, qui a caracolé en tête dans son groupe qualificatif, a longtemps été en course dans la phase finale, mais elle a explosé sur l’avant-dernier match, face à l’Allemagne).
            Pour l’Italie, cette cinquième place constitue une énorme déception. Tenante du titre, elle briguait à Pau une huitième victoire consécutive. Elle aura d’ailleurs connu bien des frayeurs, cette équipe italienne (Bocchi-Duboin, qui jouaient ensemble pour la dernière fois, Lauria-Versace et Sementa-Angelini), en arrachant sa qualification sur le tout dernier match – où elle a pulvérisé l’Allemagne, alors en tête, par 25 à 5. Le sélectionneur officiel de la fédération italienne, qui n’était autre que Mme Lavazza, n’avait pas cru bon devoir retenir dans l’équipe Fantoni-Nunes - qui sont pourtant les deux premiers joueurs du classement mondial actuellement. Quelle bavure !
            Toutes proportions gardées, le résultat de la France est également très décevant, bien que se situant dans la lignée des « contre-performances habituelles » qu’elle a enregistrées ces dernières années aux championnats d’Europe - voilà près de dix ans qu’elle ne s’est pas qualifiée pour la Bermuda Bowl, bien qu’elle ait participé, à titre d’invitée, à celle de Paris, en 2001. Un résultat qui tranche nettement avec l’euphorie manifestée par Hervé Mouiel dans le dernier As de Trèfle - le journal de la FFB -, qui se voyait terminer dans le trio de tête. Le site de la fédération sur Internet aurait dû, pour sa part, faire preuve lui aussi d’un peu plus de modestie : quand les Français se sont retrouvés en sixième position, à mi-parcours de la phase finale, il claironna que leur objectif n’était plus la qualification pour le championnat du monde, mais carrément la plus haute marche du podium !
            Coup de chapeau à l’organisation des championnats, qui fut exemplaire, selon les observateurs généralement plutôt critiques et à BBO, qui retransmettait plus d’une douzaine de rencontres par jour, dont toutes celles des Français. Un reportage extraordinaire à vivre en direct ! Il nous a permis de faire le point sur la prestation des paires françaises : 7,5 sur 10 pour Bompis-Quantin. La meilleure paire, et de loin. Bien assis à la table, performants aussi bien à l’enchère (avec un système bien travaillé et plutôt agressif) qu’au jeu de la carte. Quelques petits couacs seulement (comme des crèmes renversées, ou un chelem avec deux As dehors) sur les 320 donnes qu’ils ont jouées en phase finale – sur 340 au programme. Une prestation qui se traduit par une 12e place au classement Butler (sur les 54 paires participantes à cette phase), avec un appréciable rendement moyen par donne de 0,32 imp.
4,8 sur 10 pour Lévy-Mouiel. Trop de pâtés et de maladresses, malgré un grand nombre de coups brillants ! La paire n’a malheureusement jamais retrouvé son tonus ni son rendement des années 90. Leur méthode, cataloguée « old fashion » par la plupart de leurs adversaires, s’est avérée souvent coûteuse, quand ce n’était pas leur jugement qui était en cause, face aux systèmes agressifs anglo-saxons ou nordiques. Alain Lévy s’est souvent montré trop « en retrait » dans les enchères, contrairement à Hervé Mouiel, qui ne détestait pas « faire des coups », sans parler de leurs défenses fantômes contre des manches ou des chelems adverses qui ne gagnaient pas, loin de là, ou encore d’un grand chelem demandé avec un As dehors. Ils sont 33es au Butler, avec un rendement négatif de - 0,12 imp par donne (pour 260 donnes disputées).
4,5 sur 10 pour Multon-Zimmerman. La paire n’a joué que 100 donnes en phase finale, et figure à deux places de Lévy-Mouiel, en 35e position au classement Butler, avec un rendement négatif de - 0,16 imp par donne. Pierre Zimmerman, malgré quelques rares bons coups,  n’a manifestement pas le niveau dans une telle épreuve (face à ce constat, on ne peut que souhaiter un retour à une sélection par paires !). Franck Multon n’en arrivait pas moins à corriger les manques, au prix souvent d’une hyper activité. Quel plaisir, cependant, de le voir réussir des contrats tendus, voire impossibles ! Quel magicien au jeu de la carte !

                                                                               Ah les Filles !
           
Gardons le meilleur pour la fin. Passons aux filles. Précisons que leur championnat, qui opposait 25 équipes, était d’un niveau nettement moins relevé que l’Open. Ce qui n’enlève rien au mérite de nos joueuses. On les a d’ailleurs vues souvent mieux résoudre des problèmes à l’enchère que leurs homologues de l’Open. Il fallait tout de même aller la chercher cette victoire, face au gratin du bridge féminin européen. A Varsovie, nos joueuses l’avaient emporté sur le tout dernier match. A Pau, après un départ plutôt laborieux, on a senti l’équipe monter en puissance au fil des rencontres, avant de s’emparer inexorablement du commandement à quatre tours de la fin, pour ne plus le lâcher.
           
Le classement final Dames :
1 France, 466
- 2 Italie, 450 - 3 Espagne, 442 - 4 Suède, 435 - 5 Allemagne, 426 -
6 Danemark, 425
7 Pologne, 423 - 8 Pays-Bas, 416 - 9 Angleterre, 416 - 10 Norvège, 415, etc. (sur 25)  

           
Au classement Butler, sur 75 paires, Joanna Nève-Véronique Bessis (après avoir essuyé les plâtres d’un nouveau partenariat) et Danièle Gaviard-Catherine d’Ovidio figurent roue dans roue, respectivement en 5e et 6e position, avec un excellent rendement moyen de 0,55 imp par donne. Précisons tout de même que Mmes Gaviard-d’Ovidio ont disputé 360 donnes (sur 480), alors que leurs coéquipières n’en ont jouées que 280. Bénédicte Cronier-Sylvie Willard sont classées 19es, avec un rendement encore très substantiel de 0,36 imp (pour 320 donnes jouées).
            Vive le bridge féminin français ! Il a conquis à Pau son 12e titre européen – en 45 championnats. Sylvie Willard, pour sa part, y décroche un record impressionnant, avec un sixième titre.  

Septembre : La Buffett Cup

L’événement de ce mois de septembre sera la deuxième édition de la Buffett Cup (du nom de son sponsor Warren Buffett, l’homme le plus riche des Etats-Unis - sa fortune aurait dépassé celle de son ami et partenaire de bridge Bill Gates), une compétition qui est au bridge ce que la Ryder Cup est au golf, et qui se déroule au même endroit. Elle aura lieu à Louisville (Kentucky, Etats-Unis), du 15 au 19 septembre, et opposera six paires américaines à six paires européennes. Composition de l’équipe américaine : Hamman-Mahmood, Berkowitz-Sontag, Welland-Fallenius, Freeman-Hampson, Garner-Weinstein, Mmes Molson-Sokolow. Composition de l’équipe européenne : Kwiecien-Pszczola (Pologne), Helness-Svendsen (Norvège), Brogeland-Lindqvist (Norvège), Michel et Thomas Bessis (France), Hanlon-McGann (Irlande), Mmes Auken (Allemagne)-Michielson (Pays-Bas).

Bonne surprise que de voir une paire française, Bessis père et fils, intégrer l’équipe européenne. Elle ne doit toutefois sa sélection qu’au forfait des Italiens Lauria-Versace, Fantoni-Nunes, Duboin-Sementa, et Bocchi-Madala, qui ont, en effet, décliné tour à tour l’invitation en raison de leur participation à la première division italienne ce week-end-là. En réalité, cet embouteillage de dates semble plutôt cacher un désaccord entre le capitaine européen, qui est l’un des organisateurs de l’épreuve, l’Anglais Paul Hackett, et la fédération européenne de bridge, présidée par Gianarrigo Rona… qui est aussi le président de la fédération italienne.
Les Européens auront une revanche à prendre à Louisville : la première édition de la Buffett Cup, à Dublin, il y a deux ans, avait nettement tourné à l’avantage des Américains. A suivre sur Internet : sur www.buffettcup.com, et sur BBO.

                       Cuisine fédérale
Etonnant ballet de démissions en cascade à la FFB ! Après celle du secrétaire général, Jean-Paul Meyer, c’est, à son tour, son successeur dans cette fonction, Alain Fontaine, qui a démissionné. Comme Meyer, celui-ci reproche au président et au directeur de la FFB, Yves Aubry et Jean-Claude Thuillier, leur curieuse gestion du personnel - notamment. Sa démission fait suite au licenciement, dans des conditions qu’il estime anormales, de Philippe Rigaud, chef du service informatique de la fédération - qui, bien qu’il ne fût pas informaticien de formation, avait pourtant été installé à ce poste par Aubry.
Lors du bureau exécutif de juillet, le président, tout sourire, s’est félicité, du succès et de la bonne organisation des derniers championnats d’Europe de Pau (ce dont il n’a pas tort), tout en banalisant comme une fatalité le déficit global qui en résulte pour la FFB, qui devrait, selon lui, s’établir autour de 100 à 120 000 euros (beaucoup plus, selon d’autres). « Des recettes supplémentaires escomptées nous ont fait défaut, a-t-il pudiquement expliqué, et nous avons eu des charges plus lourdes que prévues ». Gouverner, c’est prévoir, mais décidément, la gestion ne paraît pas être un des points forts d’Yves Aubry - le premier président à avoir instauré pour lui-même un statut de « bénévole-salarié » (il s’est fait voter un budget annuel de 33 000 euros - charges comprises - pour compenser le manque à gagner d’une journée hebdomadaire sacrifiée à sa profession de médecin pour le service de la FFB). Rappelons que lorsqu’il était vice-président de la FFB, il avait présenté un budget de refonte de l’informatique chiffré à 2 millions de francs, mais la facture s’était finalement soldée à huit fois plus : 16 millions !

                      Parité mal ordonnée  
Une femme peut-elle concourir dans une épreuve réservée aux Messieurs ? Et un homme, dans une épreuve réservée aux Dames ? Les organisateurs du festival de La Baule ont tranché. Curieusement, il y avait six paires mixtes dans le Paires Messieurs de La Baule, cette année, mais aucune dans le Paires Dames, qui se déroulait en parallèle. Au-delà de cette étrange et surréaliste organisation de la discrimination, une question se pose : n’a-t-on pas dépassé là les limites du grotesque ? On imagine ce titre dans la presse locale : « Monsieur Truc et Madame Chose ont gagné le tournoi par paires Messieurs de La Baule » (ce qui n’a pas été le cas, fort heureusement, atténuant quelque peu l’incongruité de la situation). N’aurait-on pas glosé sur la véritable nature du sexe de Madame Chose ?
D’un strict point de vue sémantique, il serait préférable de changer à l’avenir l’intitulé du « Paires Messieurs » en « Paires Messieurs-Dames à votre bon cœur ». Les organisateurs sont prêts à tout pour obtenir trois tables supplémentaires.

                        Petits privilèges mesquins  
C’est un petit scandale qui avait été soulevé par Philippe Toffier, il y a quelques années. Mais l’affaire n’avait finalement pas fait trop de bruit et n’avait pas débouché sur une réforme vraiment radicale. Les finales du CBOME (comité des bridgeurs de l’Outre-mer et de l’étranger), en août à la fédération - en principe réservées aux membres des territoires français d’Outre-mer, de passage à Paris pendant l’été, ou qui viennent pour l’occasion -, sont de véritables mines de points de performance pour les participants. Très bien. L’ennui, si ennui il y a (et pas pour tout le monde), c’est que tous ceux qui disputent ces différentes « finales nationales » (par paires et par équipes), pour lesquelles il n’est point nécessaire d’être qualifié, ne sont pas nécessairement des Français d’Outre-mer, et que ceux qui ont la chance d’y décrocher une place honorable, font une excellente moisson de PP, à bon compte en vérité, car le niveau n’est pas exceptionnel, et ces points tant convoités viennent augmenter un capital autrement plus difficile à gagner, déjà collecté dans les différentes épreuves de leur propre comité, ligue, zone, ou dans des finales nationales nettement plus sérieuses. Que du bonus, en somme, pour ceux qui ont l’heur d’être là. Mais qui peut y participer ? Tout le monde, en vérité. A titre d’invité. Mais, c’est un peu à la tête du client. Il est généralement bon d’avoir déjà vécu un moment en outre-mer - mais on ne voit pas pourquoi ceci serait un argument donnant un accès privilégié à cette manne de PP. Toutefois, tel joueur qui est monté sur le podium l’an passé peut se voir refuser l’accès l’année d’après. Il a vécu autrefois au Maroc. Ah ! Mais, Monsieur, le Maroc a sa propre fédération, il n’est pas un territoire français d’Outre-mer. Comme on le voit, c’est n’importe quoi, puisque la participation de ce joueur avait été acceptée l’année précédente. On trouve aussi quelques dirigeants de la FFB, qui viennent, parfois en famille, honorer de leur présence et de leur rayonnement charismatique cette épreuve - et qui repartent avec leurs petits PP dans leur petite besace.
Soyons clair : il serait temps de mettre fin à ces petits privilèges mesquins. S’il y a des points de performance à gagner dans ces championnats, ils ne devraient l’être que pour les seuls Français d’Outre-mer. Que d’autres participent, ayant ou non mis un pied, un jour ou l’autre, en Outre-mer, pourquoi pas ? 
Mais uniquement pour la beauté du sport !

Octobre : Victoire de l’Europe dans la Buffett Cup… et de la jeunesse

            L’équipe européenne a remporté la deuxième édition de la prestigieuse Buffett Cup, face aux Etats-Unis, à Louisville (Kentucky, Etats-Unis), qui est au bridge ce que la Ryder Cup est au golf - et qui se dispute juste avant celle-ci.
           
Une paire française, Michel et Thomas Bessis, était membre de l’équipe européenne, composée encore de Mme Auken (Allemagne)-Michielsen (Pays-Bas), Helness-Svendsen (Norvège), Brogeland-Lindqvist (Norvège), Kwiecien-Pszczola (Pologne), et Hanlon-McGann (Irlande). A 24 ans, le talentueux Thomas Bessis n’était toutefois pas le plus jeune de la formation : sa coéquipière néerlandaise Marion Michielsen n’en avait que 23.  
Les benjamins de l’équipe européenne, Marion Michielsen et Thomas Bessis

            Moyenne d’âge de l’équipe européenne : 37 ans. Côté Etats-Unis : 20 ans de plus de moyenne. Elle était, comparativement, nettement plus expérimentée, avec Hamman-Mahmood, Berkowitz-Sontag, Welland-Fallenius, Freeman-Hampson, Garner-Weinstein et Mmes Molson-Sokolow.
           
Originalité de l’épreuve, celle-ci se disputait à la « donne décisive » (board a match) : on marque un point en remportant la donne face à son adversaire (comparée à une autre table dans un ordre préétabli), que l’écart soit de 10 ou de 2000, ou on partage ce point en cas d’égalité.
 
           Après l’épreuve par paires, qui se solda par un match nul (60 à 60), celle par équipes permit aux Américains de prendre un léger avantage, en menant de 7 points (126,5 à 119,5). On craignait alors pour l’Europe dans la dernière compétition, l’individuel, qui cassait les paires et obligeait les membres d’un même continent à pratiquer un système identique. Les Norvégiens, adeptes d’un système d’enchères plutôt artificiel, tout comme les Irlandais, à un degré moindre, acceptèrent néanmoins de bonne grâce de se soumettre à une majeure cinquième basique, celle du standard Generali (établi lors de l’Individuel Generali, il y a quelques années). Et l’inattendu se produisit, face aux champions d’Outre-Atlantique, a priori plus à l’aise avec le standard américain : les Européens créèrent la surprise en l’emportant finalement par 205,5 à 172,5.
          
Une victoire nette et sans bavure. Certes, les golfeurs américains (avec, également, une équipe plus jeune que celle de leurs adversaires) ont pris leur revanche dans la Ryder Cup. La grande presse ne s’est d’ailleurs essentiellement intéressée qu’à cette dernière. Dommage et injuste !
           
A suivre ce mois-ci un gros morceau dans l’actualité du bridge – du 3 au 18 octobre. Les projecteurs seront braqués sur Pékin, où, à quelques semaines des Jeux Olympiques, se disputeront les 1ers  Jeux mondiaux de l’esprit. Une épreuve qui remplace les Olympiades du bridge (qui ont eu lieu tous les quatre ans, de 1960 à 2004, et qui furent quatre fois gagnées par la France, en 1960, 1980, 1992 et 1996).

L’appel des sirènes
           
Jean-Christophe Quantin est sur le point de quitter Le Bridgeur, dont il était le directeur de la rédaction. Comment ne pas céder au chant des sirènes ? En l’occurrence, il a accepté le juteux contrat que lui a proposé Romain Zaleski, l’une des plus importantes fortunes françaises, pour intégrer une nouvelle équipe de bridgeurs professionnels que l’ancien actionnaire principal d’Arcelor vient de constituer. Quantin sera associé à son partenaire habituel, Marc Bompis, et Zaleski à Faigenbaum.             
Le successeur de Quantin au Bridgeur sera Philippe Cronier - qui quitte, pour sa part, le magazine Jouer Bridge. Etonnant, pour ceux qui ont entendu naguère Antoine Hébrard, le patron play-boy du Bridgeur, jurer ses grands dieux que jamais il n’engagerait Cronier à ce poste.

A quelques nuances près
           
D’Antoine Hébrard, il est également question dans ce qui va suivre. Je reçois un courrier d’un lecteur du Figaro Magazine, C.G., de Liniez (Indre), qui me dit : « Surpris de ne plus vous voir assurer la page bridge du Figaro Magazine, et cela, sans explication, j’ai interrogé le journal qui m’a dit que vous aviez pris votre retraite. Je tiens à vous redire que j’appréciais beaucoup vos chroniques toujours très vivantes et bien écrites, dans la lignée de José Le Dentu. La comparaison avec ce qui se fait maintenant joue en votre faveur, car cette sorte de tourniquet de signatures ne présente aucune cohérence et ne vise souvent qu’à l’auto-encensement de ses membres
           
Qui ne serait pas sensible au compliment ? Allons, bon ! Voilà que, moi aussi, je cède à l’auto-encensement… Toutefois, à ce lecteur, comme à de nombreux bridgeurs que je croise ici ou là, et qui pensent que j’ai pris ma retraite avec la liberté du papillon, il me paraît bon de préciser dans quelles conditions cela s’est passé. Juste pour information. Voici la réponse que j’ai faite à mon sympathique lecteur, après l’avoir remercié de ses aimables propos : « En réalité, je n’avais nullement l’intention de prendre ma retraite du Figaro et du Figaro Magazine, mais on m’y a un peu poussé !  

J’ai créé la rubrique du Figaro Magazine en 1982, mais, depuis l’année 2001, j’avais appris, de plusieurs sources bien informées - comme on dit pour ne pas trahir ses informateurs -, qu’Antoine Hébrard, le propriétaire du Bridgeur (et du Who’s Who), cherchait carrément à me « piquer » mes rubriques du Figaro et du Figaro Magazine. Et de quelle façon ! Il proposait à la direction du journal de réaliser une substantielle économie, en fournissant des rubriques assurées par Le Bridgeur, en « sous-traitance », c'est-à-dire en supprimant les charges patronales. Plus de journaliste à payer pour le Figaro ! Une économie de 50 % pour le journal, avec des rubriques formatées prêtes à l’emploi, et plus besoin de technicien pour procéder à la mise en page !  
Vraiment très confraternelle cette démarche, comme vous pouvez en juger ! Toutefois, à cette époque, la direction du Figaro tenait à moi - le retour de satisfaction des lecteurs auprès de la Rédaction m’a toujours été très favorable. Et le projet Hébrard est tombé à l’eau. Du moins, pendant les cinq années qui suivirent.  
Mais après le rachat du Figaro par Serge Dassault, on (un jeune Polytechnicien d’une quarantaine d’années qui exerçait depuis peu la fonction d’éditeur – anciennement directeur administratif – et qui était notamment chargé de racler les fonds de tiroirs en licenciant la plupart des anciens collaborateurs du journal qui avaient 20 ou 30 ans de maison ; il a lui-même été « viré », depuis) m’a fait comprendre que, finalement, l’heure était aux économies. Et moi, bêtement, n’ayant pas été augmenté depuis sept ans ( !) au Figaro, et cinq ans au Figaro-Magazine, je n’entendais pas continuer à travailler sans obtenir une augmentation ! Mon sort fut ainsi vite scellé.  
Voilà ! Cela est un peu différent de la réponse expéditive de « Il a pris sa retraite » que l’on a bien voulu vous faire au Figaro, et que ne manquent pas de faire tout aussi laconiquement les collaborateurs du Bridgeur qui m’ont succédé, quand on leur pose la question de mon remplacement. Il y a des nuances qu’on oublie de dire… »

Ce n’est pas toujours beau les dessous de la presse.

Novembre : Les mouchoirs de Pékin

            Grand succès des premiers « Jeux mondiaux de l’esprit » à Pékin, disputés en octobre dans le cadre magique des derniers Jeux Olympiques. Plus de 3000 compétiteurs, venus de 143 pays, s’y sont confrontés, dans les cinq disciplines au programme, bridge, échecs, dames, go et xiangqi (échecs chinois). Cette manifestation était organisée par l’IMSA (International mind sports association, composée de fédérations reconnues par le CIO), dont José Damiani est le président - faut-il rappeler qu’il est également celui de la Fédération mondiale de bridge ?
           
Un petit regret, toutefois, sur le plan médiatique, puisque ces jeux auront été quelque peu occultés, en occident du moins, par le tsunami de la crise financière dont s’est abreuvée la presse à longueur de journées. 
           
Au palmarès, un grand gagnant, évidemment : la Chine. Au tableau des médailles, elle arrive largement en tête, avec 26 breloques (12 d’or, 6 d’argent et 8 de bronze), loin devant la Russie (4 d’or, 1 d’argent et 3 de bronze), l’Ukraine et la Corée du Sud (2,4,3), la Norvège (2,1,3), la Turquie (2 d’or), l’Angleterre (1 d’or, 2 d’argent). La France est classée huitième, avec une médaille d’or (juniors de moins de 21 ans par équipes, au bridge) et une d’argent (Anne-Frédérique Lévy dans le tournoi des Maîtres féminins, au bridge encore). 33 pays ont obtenu au moins une médaille.
           
Côté bridge, les Jeux de Pékin, pour originaux qu’ils étaient, correspondaient aux XIIes Olympiades par équipes (quatre fois gagnées par la France dans la catégorie open, depuis 1960). Que dire de la prestation d’ensemble des Français ? Honorable, malgré tout. Voyons cela plus en détail.
           
Dans l’épreuve phare, le championnat par équipes open, l’Italie (Fantoni-Nunes, Bocchi-Sementa, Lauria-Versace) a fait oublier sa modeste prestation du championnat d’Europe de Pau pour l’emporter sans n’avoir jamais été véritablement inquiétée. Elle a battu en finale l’Angleterre, que l’on n’avait pas vue depuis belle lurette en si bonne place, après avoir, en demi-finale, écrasé la Norvège, championne du monde et championne d’Europe en titre - les Anglais ayant, pour leur part, disposé d’une équipe allemande excessivement agressive à l’enchère, et qui l’a payé.

            L’équipe de France open (Bompis-Quantin, Faigenbaum-Pilon, Multon-Zimmermann) a échoué d’un rien pour participer aux 1/8 de finale. Les pays étaient répartis en quatre groupes (de 17 ou 18 équipes) et il fallait terminer parmi les quatre premiers pour obtenir sa qualification. Les Français ont bien fini quatrièmes… mais ex aequo avec la Roumanie, finalement qualifiée au bénéfice du meilleur ratio des points gagnés. Une déception : au classement Butler (établissant sur l’ensemble des donnes le rendement moyen de chaque paire - tout le monde jouant les mêmes donnes), Faigenbaum-Pilon ne figurent qu’à une bien modeste 218e place (sur 250), avec une perte de 0,76 imp par donne. 
           
Chez les Dames, la victoire est revenue à l’Angleterre (Mmes Smith-Brock, Dhondy-Senior, Rosen-Drager), qui l’a emporté, en finale, sur la Chine, après une fin de match haletante. A mi-parcours, l’expérimentée formation anglaise menait de 83 imp, mais dans les 48 dernières donnes, la Chine refit son handicap et n’échoua pour la victoire que d’un seul imp (223 à 222) ! C’est le quatrième titre mondial perdu en finale par la Chine, en huit ans. Cette fois, on peut dire qu’elle n’est jamais passée aussi près.
           
Et les Françaises ? Avec une sélection à laquelle les championnes du monde (et d’Europe) n’avaient pas participé - préférant disputer à Pékin le championnat transnational mixte dans des équipes « sponsorisées » -, on ne donnait pas cher des chances des Tricolores. Et pourtant, Mmes Hugon-Dauvergne, de Heredia-Lévy et Jeannin Naltet-Thuillez, firent mieux que se défendre, en terminant troisièmes de leur groupe qualificatif (derrière la Finlande et la Russie). Elles battirent la Suède en 1/8 de finale (122 à 106), mais buttèrent sur la solide Angleterre au stade des ¼ de finale, qui l’emporta par 189 à 143. 
           
Chez les seniors, le suspense fut aussi au rendez-vous. A la surprise générale, le Japon battit les Etats-Unis (pourtant archi-favoris) en finale, d’un seul imp, lui aussi (201 à 200). Pour la France, avec une équipe plutôt inédite (Bergheimer-Magnis, Lasserre-Rouquillaud, Méjane-Perez), l’aventure était bien partie, avec une qualification aisée pour les 1/8 de finale (une troisième place, dans son groupe, derrière les Etats-Unis et le Japon), mais elle s’arrêta brutalement à ce stade, face à l’Egypte, qui, contre toute attente, l’emporta d’un seul imp, également (136 à 135). Rageant !

            Chez les juniors, la bonne, l’excellente surprise fut la victoire de la France (Marion Canonne- Cédric Lorenzini, Nicolas Lhuissier-Aymeric Lebatteux, Alexandre Kilani- Pierre Franceschetti) dans la Coupe Damiani (moins de 21 ans). Elle triompha de l’Angleterre, en finale, par 150 à 125. Il s’agit du premier titre mondial pour la France décroché dans cette catégorie. 
           
Une autre équipe française (Vinay-Seguineau, Volcker-de Tessières, O. Bessis-J. Grenthe), participaient à la compétition des moins de 28 ans, dans laquelle concouraient 74 pays. Elle termina brillamment à la seconde place du patton suisse (de haut niveau, en haut de tableau) qualificatif pour les ¼ de finale, avant de battre l’Angleterre à ce stade. Mais elle fut étrillée par la redoutable Pologne en demi-finale, et échoua contre la Chine pour la médaille de bronze. En finale, la Pologne menait de 47,3 points, avant la dernière séance (de 16 donnes), face à la Norvège. Mais celle-ci trouva les moyens de la rattraper, pour l’emporter finalement de 2,3 imp !
           
Coup de chapeau à l’organisation, qui avait invité (voyage, séjour et repas compris) les 118 équipes juniors présentes à Pékin.
           
On retiendra encore de ces Jeux la médaille d’argent conquise par Anne Frédéric Lévy dans l’Individuel des Maîtres féminins (victoire de la Suédoise Catarina Midskog), qui réunissait 26 joueuses, tout en reconnaissant objectivement que cette épreuve manquait singulièrement de grosses pointures (aucune des championnes du monde françaises, allemandes ou néerlandaises, et pas la moindre Américaine). Le tournoi des Maîtres (36 participants) a été remporté par le Norvégien Helness, devant son compatriote Helgemo et le Russe Gromov - les cinq Français qui y participaient, Faigenbaum, Zaleski, Thomas Bessis, Lebel, Mouiel, n’ont pas atteint la moyenne.
           
Enfin, dans le championnat transnational mixte, auquel 118 formations participaient, trois équipes françaises (Zimmermann, Zaleski, Hugon) se sont qualifiées pour les 1/8 de finale. Toutes trois réussirent leur passage en quart de finale, mais furent recalées pour les demi-finales - l’épreuve fut gagnée par une équipe de Taïwan. Là encore, tout n’a basculé que pour une poignée d’imp.
           
Jamais on n’avait vu, dans un championnat du monde, autant d’épreuves se jouer dans un mouchoir. La compétition n’en fut que plus belle.
 
La personnalité du bridge de l’année 
           
C’est un Français, Antoine Bernheim, qui a été élu « personnalité du bridge de l’année » par l’IBPA, l’association internationale des journalistes de bridge. Bridgeur amateur, classé en première série, Grand Croix de la Légion d’honneur et ami du Président Sarkozy, Antoine Bernheim, 84 ans, est une grande personnalité dans son domaine de prédilection, le monde de la banque et des assurances - bien qu’il se fasse plutôt discret avec la presse, dans l’exercice de ses fonctions. Ancien associé-gérant de la célèbre banque d’affaires Lazard, il est actuellement président du groupe Generali. Il a été le mentor de quelques jeunes loups de l’économie française (qui ne sont plus aujourd’hui si jeunes), tels Bernard Arnault ou Vincent Bolloré. 

           
L’IBPA a ainsi rendu hommage à son soutien indéfectible du bridge, à travers un parrainage, depuis des années, des championnats du monde.
 

Un nouveau Secrétaire général
           
Lors de la dernière assemblée générale de la FFB, Jean Defrène, a été élu Secrétaire général de la fédération. Les candidats à cette fonction ne se bousculaient pas : Defrène était seul à briguer ce mandat. Et cependant, son élection n’a pas été un plébiscite : il n’a obtenu qu’un peu moins de 53 % des voix. L’élection faisait suite à la démission d’Alain Fontaine, qui avait lui-même été élu en remplacement de Jean-Paul Meyer, également démissionnaire. Un poste récemment créé, apparemment pas assez bien défini, qui, après une telle cascade de démissions, ne doit pas être si facile à tenir, face à la concurrence directe du directeur de la FFB (qui n’est, pour sa part, pas élu, mais nommé).
           
On ne saurait dire qu’il s’agisse, avec cette élection, d’un renouvellement des cadres. Jean Defrène, 80 ans, n’est pas né de la dernière pluie dans le petit monde des dirigeants du bridge. Il vient de se retirer de la présidence du comité de la Vallée de la Marne, après avoir occupé cette fonction pendant - tenez-vous bien - trente ans ( !), où il a régné en maître. A la tête de son comité, cet apparatchik a vu défiler pas moins de sept présidents de la FFB. Son comité n’a pas su progresser au même rythme que ses voisins de la périphérie parisienne, le Hurepoix et le Val de Seine, où les présidents successifs ont montré une politique de développement plus dynamique et un moindre appétit personnel pour le pouvoir.
           
La formule « place aux jeunes ! » n’est pas à l’ordre du jour à la FFB. Quel dommage !


Décembre
: La cuiller d’Amsterdam

           
La 7e Coupe d’Europe des champions a eu lieu à Amsterdam, du 6 au 10 novembre. A l’origine, cette compétition avait été créée pour opposer les clubs victorieux de leur championnat national, parmi les pays ayant terminé aux huit, puis aux dix premières places du championnat d’Europe par équipes. Elle a, depuis, évolué, chaque pays pouvant sélectionner soit son champion de l’Interclubs, soit l’équipe ayant gagné son championnat national le plus prestigieux. La France a fait le choix d’y envoyer désormais les vainqueurs du championnat de division nationale 1.

           
Chemla-Salama et Lebel-Meyer, vainqueurs de la DN 1 2007 représentaient donc nos couleurs à Amsterdam. Douze formations (les dix premiers du championnat d’Europe, plus les tenants du titre et une seconde équipe du pays hôte), réparties en deux groupes, s’affrontaient pour, dans un premier temps, qualifier deux demi-finalistes. Côté français, ce ne fut pas un succès : ayant essuyé quatre défaites (11-19 contre les Pays-Bas, 8-22 contre l’Italie, 11-19 contre la Norvège et 9-21 contre l’Islande) et remporté un seul match (contre la Russie, par 17 à 13), les Tricolores terminèrent bons derniers de leur groupe. Et comble de l’humiliation, ils furent même battus par le Danemark pour la onzième place, décrochant ainsi la cuiller de bois.
           
En demi-finale, les Pays-Bas 2 (Utrecht) éliminèrent la Bulgarie (115 à 92), tandis que l’Italie, représentée par le Tennis Club Parioli, de Rome, avec Fantoni, Nunes, Lauria, Versace, Angelini, Bove, eut toutes les peines du monde à se défaire de l’Allemagne : à l’arrivée, les Allemands affichaient un score positif de 7 imp, mais la commission d’appel (il y eut de nombreux appels dans cette partie) rendit 12 imp aux Italiens, qui l’emportèrent donc de 5 points (118 à 113). Il faut dire que le bridge allemand est surprenant par son agressivité, avec des enchères souvent taillées à la hache, perturbatrices pour l’adversaire, mais qu’il peut aussi donner lieu à des bizarreries, comme ce fut le cas à Amsterdam, avec, par exemple, un Passe sur une enchère forcing du partenaire… qui tombait bien ! A Pau, au dernier championnat d’Europe, l’Allemagne, qui n’avait perdu le titre qu’après une cuisante défaite (contre l’Italie, précisément) sur le dernier match, avait déjà fait l’objet de nombreux appels.


Les Italiens fêtant leur victoire.

            En finale, l’Italie domina l’équipe des Pays-Bas 2, et remporta l’épreuve sur le score de 90 à 44. Il s’agit de la cinquième victoire du club romain dans cette compétition européenne - qui en était à sa septième édition. La huitième aura lieu l’an prochain à Paris.
                                                                           Monaco, vingtième !  Le Tournoi international par équipes de Monte Carlo est une des dernières grandes manifestations par équipes en Europe. Malheureusement, peu de formations régionales osent s’y engager, et elles ont tort, car, non seulement l’épreuve permet de se frotter à de grands champions européens, mais, de surcroît, des prix très substantiels récompensent encore les équipes les plus modestes.
           
46 équipes participaient à la vingtième édition, dont la grande favorite était la célèbre formation italienne Lavazza (Duboin-Sementa, Bocchi-Madala). Mais les ténors transalpins auront dû se contenter de la quatrième place, laissant la vedette, en l’occurrence, aux Français : victoire sur le fil (il aura fallu attendre la dernière donne) de Bompis, Quantin, Pilon, Zaleski, devant une fringante équipe de petits jeunes, Bessis (Olivier), Gaviard, Sebbane, Volcker.

(JPG)

L’équipe Zaleski


Une Manche vulnérable

           
Je suis toujours étonné de constater que, dans sa communication, la FFB se laisse envahir par l’anglais, alors qu’elle devrait plutôt donner l’exemple en s’exprimant, autant que possible, en français.

           
Ainsi nous annonce-t-elle le Channel Trophy, une épreuve réservée aux juniors des pays riverains de la Manche (France, Belgique, Pays-Bas, Angleterre), qui aura lieu à Londres du19 au 22 décembre. Pourquoi céder au snobisme ? Quand l’épreuve fut créée, dans les années 80, on disait, à la FFB et dans tout l’Hexagone, le Trophée de la Manche. Je m’en suis, pour ma part, toujours tenu à cette appellation dans tous mes articles, mais je me sens aujourd’hui débordé, car, que j’en lise des comptes-rendus dans la presse française du bridge, ou que j’entende les jeunes Tricolores ou leurs accompagnateurs parler de cette épreuve, tous n’ont que du Channel Trophy à la bouche - prononcez « t’channel trofi », avec un petit air entendu. Dussé-je paraître vieux-jeu et obstiné, tant que des bateaux battant pavillon tricolore navigueront dans la Manche, il restera pour moi le Trophée du même nom. Un combat qui, je le crains, ressemble un peu à celui de Don Quichotte - qui lui aussi était de la Manche ! 
           
Cette année, nous précise encore la FFB, il y aura, comme l’an passé, une troisième épreuve dans cette compétition, outre celles des moins de 25 ans et des moins de 20 ans : celle des « Girls ». Alors là, les bras m’en tombent ! Guillemets ou pas, pourquoi ne pas dire jeunes-filles, tout simplement ? A moins, peut-être, que les participantes, disposent, comme au Lido, d’un truc en plumes.
           
On utilise, certes, des mots anglais dans notre petit monde du bridge. Nous ne nous en formalisons pas outre mesure, car le squeeze ou le cue-bid n’ont pas d’équivalent dans notre langue. Mais, de grâce, parlons français tant qu’il nous est encore possible de le faire.

Janvier : tournons la page

Au gui l’an neuf. Et, plus précisément, au gui l’an 2009.
Au moment de tourner la page, que retiendra-t-on de l’année 2008 dans le domaine du bridge ?

            Essai transformé à Pékin
L’événement de cette année écoulée aura été, sans conteste, l’organisation des 1ers Jeux mondiaux de l’esprit, à Pékin, dans la foulée des JO. Ce n’était pas une mince affaire que de mettre sur pied en un même lieu la plus grande joute internationale réunissant les cinq grandes disciplines que sont le bridge, les échecs, les dames, le go et les échecs chinois, avec la participation de quelque 2000 compétiteurs. José Damiani et l’IMSA (l’association internationale des sports de l’esprit) l’ont fait. Et d’une façon magistrale - pour un coup d’essai -, grâce à des Chinois qui se sont énormément investis dans l’opération pour qu’elle soit une réussite. Ceux qui leur succéderont, dans quatre ans, en prenant le flambeau de l’organisation de la deuxième édition, auront du pain sur la planche !
           
Le retour italien
Côté compétition, l’année 2008 aura été marquée par le retour au plus haut niveau de l’Italie (Fantoni-Nunes, Bocchi-Sementa, Lauria-Versace), à Pékin, en triomphant sans n’avoir jamais été véritablement inquiétée dans les XIIes Olympiades (qui réunissaient 71 pays), après son couac au championnat d’Europe de Pau - en ne terminant que cinquième -, où le sélectionneur italien, en l’occurrence une sélectionneuse, Maria-Teresa Lavazza, avait préféré intégrer dans sa « squadra » un certain Angelini, plus connu comme sponsor que comme champion, plutôt que Fantoni-Nunes, qui n’étaient pourtant rien de moins que les deux premiers joueurs du classement mondial ! Même Domenech, entraîneur français sur la planète foot, et grand fantaisiste dans cette fonction, n’aurait pas commis une telle bavure ! Toujours est-il qu’avec le rétro-coup de pouce de Marie-Thérèse, l’Italie a manqué de battre un record historique en 2008, à Pau, puisque c’était un huitième titre consécutif qu’elle venait chercher en terre béarnaise. Même le Blue Team de la grande époque n’avait pas réussi à aligner plus de quatre titres européens d’affilée !
Autre événement de l’année 2008 : la confirmation de la suprématie de la Norvège au championnat d’Europe de Pau, quelques mois après avoir remporté sa première Bermuda Bowl. Mais une Norvège nettement moins fringante, quelques mois plus tard, à Pékin, où, en demi-finale, l’Italie n’a fait qu’une bouchée d’elle.
Au chapitre des contre-performances notoires de l’année, il est à noter la discrétion des Etats-Unis dans le concert international, qui ont à peine montré le bout du nez. Gardons-nous cependant de les enterrer, comme certains n’hésitent pas à le faire, sous prétexte que leur système d’enchères serait dépassé et que la relève ne semble pas venir. Une conclusion pour le moins hâtive.

Et en France ?

En ce qui concerne la France, comment résumer l’année 2008 ? Peu reluisante aura été la prestation de l’équipe open : neuvième à Pau, et pas même dans les seize premiers à Pékin (puisqu’ayant échoué à l’issue des qualifications). Un bilan catastrophique. Et les années de disette se suivent. Le dernier titre mondial français remonte maintenant à onze ans. Ne faudrait-il pas déjà commencer par revoir notre système de sélection ? Il semble que l’on ne souhaite pas prendre ce problème à bras le corps à la Fédération.
Heureusement, une grande bouffée d’air frais est venue des juniors, avec la victoire tricolore dans la catégorie des moins de 21 ans aux Jeux mondiaux. Chez les Dames, le bilan est tout de même positif : une probante victoire au championnat d’Europe de Pau. Mais la suite a été tellement décevante : nos médaillées européennes n’ont pas jugé bon de faire partie de l’équipe nationale féminine de Pékin, préférant participer là-bas au plus anonyme et pour tout dire peu glorieux championnat transnational mixte par équipes, ouvert à tous et qui relève davantage du tournoi de plage,… mais au sein de formations « sponsorisées ». Pour le commun des supporters de l’équipe de France, qui ne s’embarrasse pas de considérations financières, ce tour de passe-passe peu patriotique relève de l’incompréhensible. Décidément, il y a quelque chose de pourri dans le système de la compétition bridgesque.
     
     
Le fiasco
Une autre constatation, relevée malheureusement dans la colonne négative du bilan français 2008 : la régression du nombre de licenciés, pour la première fois depuis des décennies. Dans sa communication, la FFB, annonce 105 000 membres - beaucoup moins, en vérité, cet effectif étant gonflé par le nombre d’apprentis scolaires, qui ne sont pas de véritables licenciés. C’était déjà le chiffre annoncé voici deux ans. Le moins que l’on puisse dire est que le président Maurice Panis n’avait guère été visionnaire quand il avait lancé, en 2003, l’opération Cap 120 000, à grand renfort de trompettes. Celle-ci consistait en une campagne de marketing et de développement pour permettre de faire passer l’effectif de 95 000 à 120 000 en trois ans. Ambitieuse intention, mais qui s’est traduite par un joli fiasco ! Car le nombre de bridgeurs licenciés est toujours en-dessous de 100 000 ! Et on ne peut pas dire que la politique de développement de son successeur, Yves Aubry, ait amélioré la situation, malgré la gesticulation de ses journées portes ouvertes qui n’ouvrent (et ne s’ouvrent) guère que sur du vent, en dépit des investissements engagés. C’est ce que l’on pourrait appeler, en quelque sorte, la politique du courant d’air.

                                                                                                             L’actualité en bref
 
Hauts et bas en DN 1
Du nouveau dans le règlement du championnat de France de première division : il n’y a plus que douze équipes (au lieu de seize) en course, et à l’issue des rencontres, le premier n’empoche plus le titre, mais les quatre formations arrivées en tête se qualifient pour une demi finale, puis une finale, qui auront lieu les 14 et 15 février. La surprise a été que, à l’issue de cette première phase, l’équipe Payen, Runacher, Mme Gaviard, Mme d’Ovidio, Soulet, Sussel, ait terminé en tête (un exploit, avec deux « sponsors », malgré tout le talent des quatre autres), devant l’équipe Zimmerman (Multon, Mouiel, Lévy, Fantoni, Nunes), l’équipe Izisel (Mari, Thomas et Michel Bessis, Pilon, Eisenberg) et l’équipe Blumental (Bompis, Quantin, Faigenbaum, Sainte Marie, Toffier). Les demi-finales opposeront Payen à Izisel, et Zimmermann à Blumental.

L’autre surprise de ce championnat a été la neuvième place de l’équipe Chemla, évitant de justesse la relégation, alors qu’elle avait gagné l’an dernier. Comme quoi le bridge n’est pas une science exacte.
                                                                                  Ruban bleu

Catherine d’Ovidio est la première bridgeuse à avoir été décorée de l’Ordre national du mérite (une bonne demi-douzaine de champions a déjà obtenu cette distinction). Elle a reçu sa médaille des mains de José Damiani, au comité de Paris, à l’issue d’une petite cérémonie organisée par Micheline Mérot, présidente du comité, en présence de quelques amis et intimes, dont Antoine Bernheim et Michel Bongrand - mais aucun dirigeant de la FFB n’avait été convié. D’une pierre deux coups : José Damiani en a profité pour remettre la Damiani Cup aux six juniors français victorieux de cette épreuve à Pékin (c’est ainsi qu’on appelle désormais le championnat du monde des moins de 21 ans). Lors de la cérémonie de clôture dans la capitale chinoise, il n’avait pu leur remettre ce trophée, car la jeune équipe d’Israël, victorieuse de la première coupe, il y a deux ans, ne l’avait pas encore restituée.
         
  
Affaire de famille

La victoire de Michel, Véronique, Olivier et Thomas Bessis, Alain et Anne-Frédérique Lévy, en Coupe de France constitue une belle histoire de famille, puisque Olivier et Thomas étaient associés à leurs père, mère, oncle et tante. Si la victoire en finale ne fut pas trop difficile à se concrétiser, contre les Pyrénéens d’Alain Rau (70 à 55), il n’en fut pas de même en demi-finale, où la famille a dû batailler ferme pour l’emporter de 3 points (63 à 60), face aux Azuréens d’Henri Defranchi, après avoir été menée de 28 points à la mi-temps.

  
      
  
Un bon job à saisir

La FFB recrute et cherche notamment un directeur général. Pas moins ! Elle propose très démocratiquement cet emploi (bien rétribué) sur son site internet, et engage les postulants à envoyer leur candidature au cabinet de conseil en recrutement des cadres Michael Page. Jusqu’alors, les directeurs généraux n’avaient toujours été choisis que parmi d’anciens présidents de comité. Le prochain fera-t-il exception à cette pratique ? On verra bien.  

      
     
Recyclage

Philippe Rigaud, ancien chef du service informatique de la FFB, licencié au printemps dernier, ne postulera pas, pour sa part, à la fonction de directeur général. Il a créé sa petite entreprise, Prigastore, qui organisera, à partir du 13 janvier, des tournois simultanés homologués, en concurrence notamment avec ceux de la FFB, quatre après-midi par semaine. Signe particulier : ils seront nettement moins coûteux pour les organisateurs que ceux actuellement proposés par la concurrence - ils seront dotés et les frais de participation pourront même parfois être offerts aux clubs. Son téléphone, si vous êtes intéressé : 06 34 18 90 06. Ou pour lui souhaiter une bonne année.

  Février : des uns et des autres

Insatiables
Début de saison fracassant pour Michel et Thomas Bessis. Jugez plutôt : toujours en course pour participer à la phase finale du championnat national de première division par équipes (les 14 et 15 février), et vainqueurs de la Coupe de France, Bessis père et fils viennent de remporter le championnat de France par paires de première division (devant Multon-Zimmermann et Bompis-Quantin).
La famille était encore très présente dans cette épreuve - qui réunit 44 paires -, puisque Olivier, le grand frère, termine 6e (avec Godefroy de Tessières) et Véronique,  la maman, 17e, avec Jean-Luc Aroix.
Les 14 derniers descendront en seconde division. Nouvelle déconvenue pour Paul C., qui finit 36e, avec Hervé Vinciguerra., et qui subira les affres de la deuxième division, après avoir frôlé la relégation en division nationale par équipes. Serait-ce la fin d’une époque ?

         Fin de série
Marc Bompis jouait gros dans ce championnat de première division par paires. Il y concourait pour un sixième titre consécutif ! Il était associé depuis trois ans à Jean-Christophe Quantin - avec lequel il détenait les deux derniers titres. Si vous avez commencé à lire cet article par le début, vous savez déjà qu’il a échoué dans sa tentative. Mais de peu : 55,02 % de moyenne pour les Bessis, au total des six séances, 54,70 pour Multon-Zimmermann, et 54,60 pour Bompis-Quantin (qui ont dû y croire un instant, avec 60,67 % dans la dernière séance !). Il n’en reste pas moins que cinq victoires consécutives dans cette épreuve constituent un formidable exploit. Difficile à battre. Voici le palmarès des vainqueurs de cette première division depuis 2001, année de sa création (auparavant, tout le monde concourait dans un championnat unique, l’Excellence) : 2001 : Courtel-Rocafort - 2002 : Lesguillier-Pacault - 2003 : Abécassis-Quantin - 2004 : Bompis-Sainte-Marie - 
2005 : Bompis-Sainte-Marie - 2006 : Bompis-Sainte-Marie - 2007 : Bompis-Quantin - 2008 : Bompis-Quantin
2009 : Michel et Thomas Bessis
On parlait déjà d’exploit « historique » en 2006, lorsque Bompis-Sainte-Marie alignaient une 3ème victoire consécutive dans la plus forte épreuve par paires du calendrier national… On était loin du compte ! Coup de chapeau également à Quantin, avec 3 victoires en 6 ans !

        
Une certaine idée du bridge
Jean-Christophe Quantin, puisqu’il est question de lui, a-t-il eu raison de quitter son job de directeur de la rédaction du Bridgeur pour intégrer une équipe professionnelle de bridge constituée par Romain Zaleski ? Celui-ci, classé quatrième fortune de France l’an dernier (avec 11 314 millions d’Euros), selon le magazine Challenges, et 13e milliardaire français, vient de subir de plein fouet le contrecoup de la crise économique et d’essuyer quelques cinglants revers, notamment avec un fort endettement de son holding Carlo Tassara. Pourra-t-il assurer la pérennité de son équipe ? A priori, il semble lui rester encore un bon matelas. Quantin, qui n’a pas les pieds dans le même sabot, vient de créer jcq@la carte, présenté comme une société de services, conseils et expertise en bridge à destination des clubs, particuliers et entreprises. Il a, en même temps, ouvert un site internet, http://jcqalacarte.com, dans lequel il propose aussi de parler de son actualité et de donner des informations sur le monde du bridge. Dans son premier blog, il s’interroge sur ce que devrait être, à son avis, les relations entre la FFB et les joueurs de haut niveau - dont il est le représentant au conseil fédéral. Il donne son point de vue sur la sélection, en se montrant hostile à celle par paires. Il estime qu’à défaut de soutien financier, la fédération devrait au moins fournir aux joueurs appelés à constituer l’équipe de France des moyens logistiques pour bien s’entraîner, et créer à leur intention deux postes d’« entraineurs nationaux » - salariés par elle, bien sûr.

        
Variétés rationnelles et irrationnelles
Toutes proportions gardées, David Harari est également un des bridgeurs en vue, en ce début d’année. Après avoir gagné la DN II par équipes, il vient de s’adjuger le championnat de France Excellence par paires mixtes, avec l’excellente Laurence Rimbaud, devant Geneviève Geneslay-Alain Delfour et les juniors Aurélie Thizy-Cédric Lorenzini (l’un de la bande des six de Pékin). Harari est mathématicien. Surnommé « le Patron » par ses amis bridgeurs, il a fait les beaux jours du magazine Le Bridgeur, il y a quelques années, en publiant une série d’articles sur les maniements de couleur. Agrégé de maths, sorti de Normale Sup’ (et de retour à l’école de la rue d’Ulm sitôt son diplôme en poche pour enseigner les maths aux futurs diplômés), il est actuellement chercheur au CNRS. Sa spécialité : l’arithmétique des variétés rationnelles, qui, comme chacun sait, et comme il le précise d’ailleurs lui-même, n’est d’aucun secours pour le bridge - mais cela ne doit pas nuire non plus. Depuis peu, ses recherches portent également sur l’arithmétique des variétés irrationnelles. Logique. Très friands de ses conférences, les chercheurs chinois l’ont invité à venir exposer ses travaux, et il en a profité pour aller taper le carton dans des clubs de la République Populaire.  

Mars 2009 : à l’arraché !  
           
Les demi-finales et la finale du championnat de France de première division ont eu lieu les 14 et 15 février et ceux qui ont eu le plaisir d’en suivre la retransmission sur BBO (où on aura noté jusqu’à trois mille kibitz) ne l’ont pas regretté, car la compétition a entretenu un formidable suspense !
            C’est l’équipe Zimmermann, Multon, Mouiel, Lévy, Fantoni, Nunes, qui l’a emporté, en finale, en battant de 5 imp (c’est peu !) l’équipe d’Izisel, Pilon, Mari, Eisenberg, Michel et Thomas Bessis - 121 à 116, en 48 donnes.
    Si, depuis mon modeste poste d’observation, il m’est permis d’avoir l’outrecuidance de juger la prestation des paires dans cette finale, voici les notes que je leur attribue :
      Fantoni-Nunes : 8 sur 10.                                M. et T. Bessis : 7,5.
    Zimmermann-Multon : 6,5.                            Mari-Eisenberg : 7,4
                          Lévy-Mouiel : 4,5.                                            Izisel-Pilon : 3. Le maillon faible.

Mais que ceux qui contesteraient le bien fondé de ma cotation se rassurent : je ne postule pas au poste de sélectionneur de l’équipe de France ! D’ailleurs, la formule d’un sélectionneur unique n’existe pas chez nous, et c’est bien dommage - il serait bon que, parfois, on varie les modes de sélection, en l’incluant. En outre, observons que les Italiens Fantoni-Nunes ne sont ni disponibles, ni sélectionnables dans l’Hexagone, étant déjà retenus par leur sélectionneur unique national pour les éminents services qu’ils ont rendus, et qu’ils ne manqueront pas de rendre encore, à la cause du bridge transalpin.  
En demi-finale, déjà, les affaires n’en ont pas moins été compliquées pour l’équipe Zimmermann, qui s’en est sortie de justesse face à l’équipe Blumental, Bompis, Quantin, Faigenbaum, Sainte Marie, Toffier, en ne l’emportant que de 6 imp (127 à 121). Limite, limite ! Là encore, le spectacle n’en fut que plus palpitant. Dans l’autre demi-finale, les Izisel boys ont été plus tranchants, face à l’équipe Payen, Runacher, Mme Gaviard, Mme d’Ovidio, Soulet, Sussel, qu’ils ont largement dominée, avec un confortable matelas de 52 imp à l’arrivée (119 à 67).
(Voir « deux coups coûteux » de cette compétition dans la rubrique la donne du mois).  

                        
                                                
Le classement mondial  

           
La présence de Fulvio Fantoni et de Claudio Nunes dans le championnat national de première division revalorise sensiblement notre principale compétition par équipes, puisqu’au dernier classement de la fédération mondiale des bridgeurs, les deux compères sont toujours tout en haut de l’affiche, classés numéros 1 et 2.  
           
Après leur victoire à Pékin, les Italiens se promènent dans le top 10, où ils ont consolidé leur position :  

           
1 Fantoni (Ita) 4210 points
           
2 Nunes (Ita) 4203
           
3 Duboin (Ita) 4175
           
4 Lauria (Ita) 4007
            5 Versace (Ita) 3950
            6 Meckstroth (USA) 3012
            7 Bocchi (Ita) 2956
            8 Hamman (USA) 2875
            9 Rodwell (USA) 2755
            10 Helness (Nor) 2663
            11 Helgemo (Nor) 2577
            12 Nickell (USA) 2182, etc.   

           
Et nos petits Français, dans tout cela ? Décramponnés, coulés, engloutis, disparus ! Un seul surnage parmi les 50 premiers : Franck Multon, à la 43e place. Ce classement ne leur fait pas la part belle car il prend en considération les performances des dix dernières années. Et depuis dix ans, on ne peut pas dire que la Marseillaise ait été un tube sur les podiums internationaux du bridge ! En revanche, on se consolera un peu avec le classement des Grands Maîtres, qui, pour sa part, concerne les performances cumulées des champions. Les dix premiers Grands Maîtres : 

           
1 Hamman (USA)
            2 Garozzo (Ita)
            3 Wolff (USA)
            4 Forquet (Ita)
            5 Meckstroth (USA)
            6 Rodwell (USA)
           
7 Lauria (Ita)
           
8 Chagas (Bré)
           
9 Versace (Ita)
           
10 Stansby (USA), etc.

            Le premier Français, Chemla, est 17e. Les autres, parmi les 60 premiers : Perron (25e), Mouiel (30e), Mari (31e), Lebel (33e), Lévy (42e), Multon (53e). Là, il faut bien reconnaître qu’il s’agit d’un classement d’anciens combattants.  
                           
                                                           
Dames

Chez les Dames, l’Allemande Sabine Auken conserve sa place de numéro 1, tandis que notre meilleure représentante, Catherine d’Ovidio (première en 2006), reste placée dans le top 10, où les Chinoises ont débarqué en force : 
           
1 Mme Auken (All) 3178
            2 Mme Gu Ling (Chi) 2645
           
3 Mme Levitina (USA) 2576
           
4 Mme Meyers (USA) 2547
            5 Mme Wang Wenfei (Chi) 2507
            6 Mme Zhang (Chi) 2501
            7 Mme von Arnim (All) 2430
            8 Mme d’Ovidio (Fra) 2307
           
9 Mme Wang Hongli (Chi) 2303
           
10 Mme Levin (USA) 2302
Autres Françaises parmi les cinquante premières : Sylvie Willard (15e), Bénédicte Cronier (18e), Véronique Bessis (35e) et Danièle Gaviard (38e).
Au classement des Grand Maîtres féminins, Jill Meyers précède Sabine Auken et Daniela von Arnim. Catherine d’Ovidio est 12e, Sylvie Willard, 16e, Bénédicte Cronier, 29e, et Danièle Gaviard, 44e.

                                                                   Sous les ors de la République                                                                 
                                                                            
C’est une première : le bridge va faire officiellement son entrée à l’Assemblée Nationale. Deux compétitions y seront organisées, le samedi 14 mars, dans les somptueux salons de l’Hôtel de Lassay (qui est la résidence du président de l’Assemblée, Bernard Accoyer), un tournoi par paires, l’après-midi, et un tournoi par équipes, le soir - au profit de la lutte contre le cancer. Rien que du beau monde comme maîtres d’œuvre de cette journée historique : José Damiani, président de la fédération mondiale de bridge, Yves Aubry, président de la FFB (en dépit du fait qu’ils ne sont pas très copains), Micheline Mérot, présidente du comité de Paris. Si le cœur vous en dit de participer, sous réserve qu’il reste encore quelques places, appelez-donc Michel Dubreuil de ma part au 06 08 60 72 60. Administrateur dans cette haute institution, il est aussi le très tonique président du club de bridge de l’Assemblée (accessoirement, ce bon vivant est, en outre, vice-président du club d’œnologie - les députés fréquentent davantage celui-ci que celui-là). Le décor grandiose de l’Hôtel de Lassay servira également de cadre, ce jour-là, à la finale de la sélection nationale juniors. Il est bon que les jeunes bridgeurs puissent aussi faire leur entrée à la Chambre des députés…  

  
                                                                         
Paroles, paroles  
           
Le mois dernier, je vous ai parlé de Jean-Christophe Quantin, de sa nouvelle société de services pour les bridgeurs, jcq@lacarte, et de son site internet. Plusieurs internautes me disent s’y être connectés et être restés sur leur faim !
            En effet, le site propose de donner notamment des infos sur le monde du bridge, de parler de l’actualité de JCQ en personne, de présenter un problème hebdomadaire, avec sa solution la semaine suivante, et promet bien d’autres animations régulières. Un vœu pieux, car mes interlocuteurs de déplorer que la réalité soit tout autre ! Rien ne bouge, en effet, sur le site depuis plus d’un mois. On attend toujours le compte-rendu promis du premier week-end de la division nationale par paires. Or l’épreuve est terminée depuis belle lurette et elle n’a fait l’objet d’aucun commentaire. Quant au problème hebdomadaire, voilà bien six semaines qu’on en attend la solution. «Nul n’est moins pro qu’un professionnel du bridge», conclut un internaute.
            Patience ! JCQ a dû avoir d’autres chats à fouetter. Et qui sait si le déblocage ne va pas s’opérer dans les minutes, voire les jours qui viennent.  


                                                                                    Avril 2009 : guéguerre picrocholine

            Pour un événement, ce fut un événement ! Le bridge était à l’ordre du jour à l’Assemblée nationale. Son président, Bernard Accoyer, ouvrait pour la première fois officiellement les portes de l’Hôtel de Lassay, le siège de sa résidence, pour permettre un grand rassemblement du bridge, avec deux tournois au programme - au profit d’œuvres caritatives, dont notamment la Ligue contre le cancer. Plus de 350 bridgeurs ont donc été les pionniers de cette aventure inédite dans la maison des représentants du peuple. Un tournoi par paires était organisé, le samedi 14 mars, dans l’après-midi, par Micheline Mérot, présidente du comité de Paris, puis un tournoi par équipes, dans la soirée, par José Damiani, président de la fédération mondiale. Parmi d’autres figures qui participaient à cette joute parlementaire, des champions, comme Paul Chemla, Alain et Anne-Frédérique Lévy, Véronique et Michel Bessis, Catherine d’Ovidio ou Jean-Louis Stoppa, des responsables ou anciens responsables de la FFB, comme Yves Aubry, Michel Bongrand, Jean-Claude Beineix, ou Lucien Ayrinhac, mais aussi des hommes « influents » (pour ne pas dire « d’affaires », en cette période de crise économique) dont on connaît la passion pour le bridge, comme Antoine Bernheim (Generali), Jean-Louis Descours (ancien président de Vivarte), Romain Zaleski, ou même Jean-Jacques Chaban-Delmas, qui fut, tout jeune, familier de ces lieux, alors que son père, Jacques, officiait au « perchoir ».
           
Pour compléter cette fête du bridge en ce haut lieu où se forgent les lois, se disputait en parallèle la finale de la sélection juniors, et ce fut aussi l’occasion pour six d’entre eux, les champions du monde de moins de 21 ans, Marion Canonne, Cédric Lorenzini, Nicolas Lhuissier, Aymeric Lebatteux, Alexandre Kilani, Pierre Franceschetti, et leur capitaine Christophe Oursel, de recevoir la médaille d’or de la Jeunesse et des sports. On attendait Roseline Bachelot pour épingler cet hommage de la nation reconnaissante au revers des vestes de l’uniforme de nos brillants jeunes-gens, mais la Ministre vaquait à d’autres occupations, ce jour-là,  et ce fut la députée de Seine et Marne, Chantal Brunel, elle-même bridgeuse (et fière de l’être), qui s’acquitta au mieux de la tâche.
           
Bizarrement, la FFB, sur son site internet, n’a communiqué que sur cette remise de médailles. Très bien. Cet adoubement de la talentueuse jeunesse du bridge le méritait. Mais pourquoi avoir occulté l’ouverture historique de l’Assemblée aux bridgeurs ? Je crains d’avoir tout compris : tout simplement, parce que les deux tournois étaient organisés par José Damiani et Micheline Mérot, deux personnages qui ne sont pas en odeur de sainteté (doux euphémisme) à la FFB. Règlement de comptes du côté de l’Hémicycle ! Et conséquences navrantes de la guéguerre picrocholine des chefs. On préfère pratiquer la politique du croche-pied ou de l’occultation, plutôt que de tirer la charrue du bridge dans le même sens, alors que cette manifestation de reconnaissance du bridge aurait pour le moins mérité une petite trêve. Quelle mesquinerie, quel gâchis ! Une attitude d’autant plus désolante qu’elle relève de la désinformation. 

                                               Sacrée culbute !
           
La FFB a ouvert une boutique en ligne sur son site internet, www.ffbridge.asso.fr . Parmi les produits qu’elle propose : le Larousse du bridge. Un ouvrage fort intéressant de 480 pages qu’elle vend au prix de 35 euros. Je me suis laissé dire qu’elle aurait acheté le stock d’invendus dont les éditions Larousse voulaient se débarrasser au prix de 1 euro pièce. Belle culbute, si cela est exact ! Il faut tout de même préciser que l’ouvrage a été édité en 1995 (il a donc quatorze ans), et que, malheureusement, il n’a pas fait l’objet d’une sérieuse relecture. J’y ai, en effet, relevé près de cent coquilles, erreurs ou graves omissions - mais, en cherchant bien, on doit largement dépasser ce chiffre.

           
En voulez-vous un échantillon ? Il y a bon nombre de confusions de prénoms dans les palmarès : on confond les champions brésiliens Pedro et Marcelo Branco, ou français, Eugène et Emmanuel Ellia, Claude et Patrick Dadoun. On parle de Roger Lattès, vainqueur de la Bermuda Bowl en 1956, alors qu’il s’agit de Robert, de Dominique Burnet, cinquième au championnat du monde par paires dames à Biarritz, en 1982, alors qu’il s’agit de sa mère, Doreen. David Birman s’est métamorphosé en Bigman. La composition de l’équipe polonaise ayant gagné le Championnat d’Europe en 1993 n’est pas la bonne. Fabien Lacroix et Frédéric Sarian sont mentionnés comme d’anciens vainqueurs du championnat de France par paires mixtes (cherchez l’erreur ! En l’occurrence, il s’agissait d’Elisabeth Lacroix). La photo d’Alvin Roth, le créateur du contre Spoutnik, est en réalité celle de Hugh Ross. Dommage, car cet ouvrage très dense était bien ce que l’on pouvait faire de plus complet sur le bridge en 1995.

                                   Quelques bons points…
                                                                  
                                                               Alexandre Kilani, à droite

            Positivons. Il n’y a pas que du négatif sur la planète FFB ! Je vous recommande chaleureusement l’interview d’Alexandre Kilani sur le site de la fédération. Ce champion du monde en herbe raconte, comment, depuis son titre de Pékin, il a décidé d’initier au bridge des élèves d’un collège privé du Havre, puis d’un établissement public dans une zone difficile - plus d’une centaine, en tout. Son enthousiasme fait plaisir à entendre. Et le courant passe entre les collégiens et ce tout jeune prof, qui parle avec passion de la passion qu’il arrive à leur insuffler. Quel bouquet de fraîcheur !  
 
           Puisse-t-il y avoir beaucoup d’Alexandre Kilani pour faire si bien découvrir et apprécier le bridge aux jeunes et donner un bon coup de fouet au développement !
                                                                                   
C’était prévu : un nouveau directeur général a été nommé à la FFB, en remplacement de Jean-Claude Thuillier. Avec un profil qui a déjà fait grincer quelques dents : d’une part, il s’agit d’une femme (la misogynie est tenace chez certains adeptes !), de l’autre, elle n’est pas bridgeuse (ou si peu) - les premiers à s’en offusquer sont les nombreux bridgeurs qui ont postulé à la fonction et qui n’ont pas été retenus. Je trouve, pour ma part, ces conditions loin d’être défavorables, - bien au contraire -, outre l’avantage, important à mes yeux, qu’elle ne soit pas issue de la chapelle des présidents de comité. Alba Capelli-Gublin, 54 ans, diplômée de l’ESSEC (et de la faculté de droit de Paris-Assas), a créé, puis dirigé une société de conseil en stratégie d’entreprise, organisation et management des systèmes d’information, avant d’occuper la fonction de directrice des systèmes d’information du groupe Alliance Healthcare, distributeur pharmaceutique dont elle était également membre du comité exécutif. Un cursus et une expérience professionnelle qui ne sauraient nuire à la fonction pour laquelle elle a été engagée. Espérons que les réticences internes ne l’empêcheront pas d’orienter le vaisseau FFB vers le bon cap. 

                                               Réactualisons…
           
Dans une récente chronique, je vous ai entretenu de David Harari, en le présentant comme chercheur au CNRS. Eh bien, je retardais ! Car notre Normalien a quitté le CNRS pour retrouver le chemin de l’enseignement, et il a été nommé, depuis, prof de maths à la faculté d’Orsay. Mais qu’on se rassure : il n’en a pas pour autant abandonné la recherche sur l’arithmétique des variétés rationnelles - z’et irrationnelles - qui reste sa grande spécialité et sa grande passion (en dehors du bridge).

Mai
2009 : questions existentielles
De l’intelligence du kangourou

                                                                                   
           
Faut-il être intelligent pour bien jouer au bridge ? Ou encore, est-ce une preuve d’intelligence que de bien jouer au bridge ? Questions récurrentes, qui reviennent comme un marronnier. Certains bridgeurs le croient, sans trop (se) l’avouer - ce qui, entre nous, me paraît atténuer le degré de leur qualité supposée. La meilleure réponse sur le sujet a été donnée par Giorgio Belladonna dans son livre Jouez au bridge avec Belladonna, paru en 1984 : 

           
«Le bridge est à la portée des esprits normaux et je ne crois pas que les grands maîtres soient des monstres d’intelligence. (…) Le kangourou peut accomplir des sauts incroyables, dont les autres animaux sont incapables, mais cela ne prouve pas qu’il soit plus intelligent que votre voisin de palier, qui, lui-même, possède d’innombrables qualités par ailleurs.»

                                                                                  Jeu de massacre

            Un bridgeur toulousain m’a reproché, il y quelques temps, d’utiliser le mot « terrorisme » pour qualifier certaines annonces. Et plus généralement, estime-t-il, « il conviendrait de bannir le vocabulaire belliqueux, voire sanguinaire, d’un jeu aussi subtil que le bridge ».
           
 Le terme « terroriste » a été utilisé dans les années 60 aux Etats-Unis pour définir des barrages particulièrement faibles (au besoin, sans le moindre point d’honneur), dans des couleurs éventuellement cinquièmes, destinés avant tout à être destructeurs et à déstabiliser l’adversaire (parfois aussi, malheureusement, le partenaire !). Le terme est imagé, sans doute d’un goût douteux, mais existe-il un mot plus approprié pour définir ce genre d’enchères ? Si on m’en propose un, je suis prêt à l’utiliser.
            Plus généralement, le vocabulaire belliqueux du bridge ne me paraît pas à proscrire, compte tenu d’une connotation humoristique, souvent au second degré, jusque dans l’outrance. Le bridge n’est-il pas un combat, une bataille, au sens noble du mot ? Ne fait-il pas appel au sens de la stratégie, chère aux militaires ? Je ne me sens pas prêt à déposer les armes de la défense, à éviter d’étouffer un adversaire ou de tenter un squeeze fratricide, à cesser de tuer les communications, voire même carrément le mort (ce qui est le comble du morbide, je vous l’accorde).
            Et pourquoi pas, pendant qu’on y est, interdire à nos enfants de jouer aux cow-boys et aux indiens ?
 
                                                                        
        Mauvais joueur  
                                                                             
  
           
Tristan Bernard était bridgeur, on le sait. Mais quel genre de bridgeur ? Eh bien ! Ecoutons-le :
            « Mon père, qui était un homme très bon, se montrait au bridge d’une sévérité dictatoriale. J’ai continué ses traditions. Et maintenant que j’ai l’aspect d’un patriarche, j’en profite pour faire garder au bridge de famille une tyrannie formidable.
            « Je rugis quand on me fait une annonce trop faible. J’écume quand on ne soutient pas ma déclaration et je pousse de longs gémissements quand mon partenaire m’enlève un sans-atout.
            « Somme toute, je suis ce qu’on appelle un mauvais joueur, c'est-à-dire un vrai joueur, un bridgeur digne de ce nom ! »

                                              
                           Les immortels
           
Voici une liste - par ordre alphabétique - d’inventeurs de conventions (le plus souvent d’enchères, parfois de jeu de la carte) universellement pratiquées. Saurez-vous attribuer à chacun son prénom et son pays d’origine ?
Albarran -
Baron - Bergen - Blackwood - Cappelletti - Culbertson - Drury - Fishbein - Flannery - Gerber - Ghestem -       Jacoby - Kantar - Landy - Lavinthal - Lightner - Michaels - Roudinesco - Rusinov - Smolen - Stayman - Truscott - Work

Voici le prénom, la période de vie et le pays d’origine de tous ces immortels :
Pierre Albarran
(1894-1960), France - Leo Baron (convention créée en 1940), Angleterre - Marty Bergen (né en 1948), Etats-Unis - Easley Blackwood (1903-1992), Etats-Unis - Michael Cappelletti (né en 1942), Etats-Unis - Ely Culbertson (1891-1955), Etats-Unis - Joséphine Culbertson (1898-1956), Etats-Unis - Douglas Drury (1914-1967), Etats-Unis - Harry Fishbein (1898-1976), Etats-Unis - William Flannery (né en 1932), Etats-Unis - John Gerber (1906-1981), Etats-Unis - Pierre Ghestem (1922-2000), France - Oswald Jacoby (1902-1984), Etats-Unis - James Jacoby - fils (1933-1991), Etats-Unis - Edwin Kantar (né en 1932), Etats-Unis - Alvin Landy (1905-1967), Etats-Unis - Hippolyte Lavinthal (1894-1953), Etats-Unis - Theodore Lightner (1893-1981), Etats-Unis - Michael Michaels (1924-1966), Etats-Unis
- Jean-Marc Roudinesco (1932-2002), France - Sydney Rusinov (1907-1953), Etats-Unis - Michael Smolen (né en 1940), Etats-Unis - Samuel Stayman (1909-1993), Etats-Unis - Alan Truscott (1925-2005), Etats-Unis (né en Angleterre) - Milton Work (1864-1934), Etats-Unis.

On ne dira jamais assez l’importance de la contribution américaine à nos progrès au bridge !
 

juin 2009 : Gros parieur et grand gagnant

            Le 35e tournoi du Cavendish a eu lieu à Las Vegas, la cité du jeu et du dollar souverain. Un tournoi qu’il n’est pas exagéré de présenter comme une sorte de foire aux bestiaux du bridge : les 48 paires participantes sont vendues aux enchères avant l’épreuve et celles qui terminent dans les dix premières rapportent à leur parieur. En ces temps de crise financière, les enchères n’ont pas dépassé le million de dollars, cette année, mais elles n’en ont pas moins atteint la coquette somme de 958 500 dollars.

            La paire la plus prisée a été celle constituée des Américains Bobby Levin et Steve Weinstein, adjugée 61 000 dollars. Pas étonnant : troisièmes l’an dernier, ils ont déjà gagné trois fois l’épreuve. Les autres plus grosses cotes, derrière eux : leurs compatriotes Eric Rodwell et Geoff Hampson, tenants du titre, partis à 55 000 dollars, et les Norvégiens Geir Helgemo et Tor Helness, qui ont atteint 50 000 dollars. Il est à noter qu’un même parieur a acheté ces trois paires, Jim Mahaffey, un promoteur milliardaire de Floride (lui-même bridgeur – il était capitaine de la formation qui a gagné l’épreuve par équipes précédant le tournoi par paires). Et il n’a pas regretté cet investissement de 166 000 dollars qui lui en a rapporté près de 400 000, car Levin-Weinstein ont gagné le tournoi, signant ainsi une quatrième victoire, devant Hampson-Rodwell, précisément, tandis que Helgemo-Helness ont terminé 8es.

Les dix premiers :
1. Levin - Weinstein (USA) -
2. Hampson - Rodwell (USA) - 3. Welland - Willenken (USA)
4. Lev - Pszczola (USA - Pologne) - 5. Piekarek - Smirnov (Allemagne)  6. Cheek - Grue (USA)
7. Gitelman - B. Moss (USA) - 8. Helgemo - Helness (Norvège) - 9. Michel et Thomas Bessis (France)
10. Hallberg - M. Moss (Suède-USA)  

Bessis père et fils sont les seuls Français à terminer dans le top 10. La paire a été achetée 15 000 dollars par l’Américain Roy Welland (lui-même participant à la compétition – il termine 3e) et elle lui en a rapporté 30 604.  
Quatre autres paires françaises participaient au tournoi, mais elles ont terminé dans les choux. Leur classement (entre parenthèses leur prix atteint aux enchères) : 21e Multon-Zimmermann (12 500 dollars), 31e Faigenbaum-Pilon (13 000), 33e Bompis-Quantin (16 000), 37e Chemla-Zaleski (12 500).  

Les hommes d’affaires Pierre Zimmermann et Romain Zaleski se sont montrés très actifs dans les enchères : le premier a « acheté » neuf paires pour un montant de 147 000 dollars, et le second, six, pour 109 000 dollars. Mais ils n’ont pas fait une bonne opération, car seul le premier a touché un retour sur investissement grâce à la paire Piekarek-Smirnov (5e), achetée 22 000 dollars et qui en a rapporté 61 208.  

Tournoi spectaculaire et de haut niveau (surtout dans les enchères, disent les esprits critiques), le Cavendish n’est toutefois plus tout à fait ce qu’il était. Certains champions refusent d’y participer (c’est le cas notamment de la plupart des ténors italiens) car les prix alloués aux joueurs, en fonction de leur classement, leur paraissent plutôt dérisoires par rapport au montant des enchères et aux gains des parieurs. En outre, de plus en plus de sponsors y figurent comme joueurs. Il faut bien mettre de l’huile dans la machine, certes, mais, par voie de conséquence, le niveau de la compétition s’affaiblit et la fiabilité des résultats s’en trouve fragilisée.
                                                              Thomas dans la cour des grands et des petits  
                                                                                          

           
Thomas Bessis est sur tous les fronts. Et avec succès. Après sa bonne performance, face à Papa, à Las Vegas, au Tournoi du Cavendish, il a gagné, avec une jeune équipe de France, la 24e Coupe des nations, à Bonn (Allemagne), à laquelle seize équipes participaient. Une équipe aux couleurs juniors, dont ses coéquipiers étaient Frédéric Volker, Nicolas Lhuissier et Quentin Robert.
           
Ils ont battu la surprenante Estonie (Lannemäe, Karpov, Levenko, Sester) en finale, après avoir gagné leur poule qualificative. La Turquie termine 3e, l’Allemagne 4e, Les Pays-Bas 5e, l’Angleterre 6e, la Pologne, 7e et la Suède 8e. Une performance des jeunes Français d’autant plus remarquée que plusieurs de ces pays alignaient leur équipe nationale open. Et un bon entraînement avant le championnat d’Europe juniors, qui aura lieu, du 8 au 18 juillet, à Poïana Brasov (Roumanie) – avec encore Cédric Lorenzini et Christophe Grosset dans les rangs de l’équipe, dont le capitaine sera Hervé Mouiel.

                                                                                                      Et pendant ce temps-là…  
           
Et pendant ce temps là, il s’en passe des choses dans les coulisses politiques du bridge ! Quelle cuisine ! Gianarrigo Rona, l’indéboulonnable président de la fédération italienne a été déboulonné, lors de la dernière assemblée élective. Il a été battu, à quelques voix près (sur plus de 400) par Giuseppe Tamburi, un homme d’affaires de Bologne. Y a-t-il un rapport de cause à effet ? Toujours est-il que la très influente Maria Teresa Lavazza, la femme de l’importateur turinois de café, est membre du nouveau conseil fédéral.

           
Gianarrigo n’a pas eu besoin de mouchoir pour pleurer. Il est actuellement président de la fédération européenne de bridge. Une présidence qu’il doit prochainement quitter, avec l’ambition de postuler à la fonction suprême : la présidence de la fédération mondiale. Le siège est encore occupé par le Français José Damiani, mais celui-ci ne briguera pas, en principe, un nouveau mandat (il est également président de l’IMSA, l’association internationale des sports de l’esprit – organisatrice des derniers Jeux mondiaux de Pékin). L’ennui, c’est que les Américains, qui actionnent généralement la manivelle pour la mise en route des rouages de l’organisation de la WBF (la fédération mondiale), ne s’étaient pas montrés de chauds partisans du président italien. Aux dernières rumeurs, toutefois, la cote de Rona virerait carrément à la hausse, face à un candidat chinois récemment déclaré. Et entre un Chinois et un Italien, à défaut de troisième larron, les Américains ont fini par trancher, en trouvant soudain davantage de vertus à l’Italien.

            Du coup, l’ambitieux et très politicien Yves Aubry, le président français et vice-président européen, qui rêve d’une carrière à la Damiani (… faudrait déjà comparer les résultats au niveau national) est sorti de sa tanière, tout sourire, en dauphin tout désigné pour postuler à la tête de la présidence européenne vacante. Aux avant-dernières rumeurs, ses sourires et son art du rond de jambe auraient plutôt séduit. Mais aux toutes dernières, sa cote aurait soudain faibli. A suivre, car dans cette cuisine-là, tout se mijote d’une bien curieuse façon et les relents ne sont pas toujours dignes d’un restaurant trois étoiles.