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Novembre
:
Le bridge en correctionnelle
L’affaire n’a pas été évoquée dans la
presse du bridge. Il est vrai que le sujet, qui concerne la triche, est
un peu tabou. On peut le regretter. Ce n’est pas en se cachant derrière
son petit doigt que l’on feindra d’admettre qu’elle n’existe pas.
Lors de la sélection seniors 2006 pour les championnats d’Europe (et du
monde), j’avais relaté les résultats de cette épreuve dans ma chronique
du Figaro Magazine, en citant le nom des vainqueurs, ainsi que ceux des
finalistes et des demi-finalistes, avant de préciser :
"Il serait certainement bon, à propos des sélections, que la fédération
revoie ses règlements, car, parmi les finalistes, il y avait un joueur
qui a déjà été condamné à une suspension de cinq ans pour tricherie.
Rien n’aurait été moins sûr, en cas de qualification en équipe de
France, qu’il puisse poursuivre l’épreuve au niveau international, car
les fédérations européenne et mondiale peuvent interdire la
participation à leurs compétitions à quiconque, sans avoir à se
justifier, et elles l’ont déjà fait à l’encontre de joueurs qui ont
gravement nui à l’éthique du bridge."
Il me paraissait juste et naturel qu’un journaliste puisse soulever ce
grave problème d’éthique. Mais que n’avais-je pas écrit là ! R.B., le
finaliste en question, se reconnut entre les lignes et estima que cet
article portait atteinte à son honneur et à sa considération (plus de
dix ans, il est vrai, après sa condamnation par la FFB), et décida
d’intenter un procès au Figaro et à son directeur général, pour
diffamation publique. Et de demander notamment 30 000 euros de dommages
et intérêts.
La XVIIe Chambre Correctionnelle de Paris
a rendu son jugement, en juin dernier. R.B., reçu en sa constitution de
partie civile, a été débouté de toutes ses demandes, et le Figaro a été
relaxé.
Dans ses attendus, le tribunal rend - de mon point de vue - un bel
hommage à la liberté de la presse. Ainsi :
Attendu que si les imputations diffamatoires sont réputées de droit
faites avec intention de nuire, elles peuvent cependant être justifiées
lorsque leur auteur établit sa bonne foi, en prouvant qu’il a poursuivi
un but légitime, exclusif de toute animosité personnelle, qu’il s’est
appuyé sur des éléments d’informations sérieux et qu’il a conservé dans
l’expression une suffisante prudence.
Ou encore :
Attendu qu’il paraît légitime
pour un journaliste spécialisé d’évoquer, dans un article consacré aux
épreuves de sélection des joueurs de bridge devant représenter la France
aux championnats d’Europe de Varsovie, une situation - ancienne
condamnation pour manquement à l’éthique du bridge d’un participant aux
épreuves de sélection - susceptible, en cas de qualification de ce
joueur, de remettre en cause sa participation à ce championnat.
Attendu qu’il résulte des pièces versées au débat que Guy Dupont,
journaliste spécialisé depuis de nombreuses années, disposait d’éléments
d’information suffisants pour lui permettre d’écrire qu’ « un joueur »
parmi les finalistes, en l’espèce la partie civile, « a déjà été
condamné à une suspension de cinq ans pour tricherie », condamnation
publique qu’au demeurant R.B. reconnaît dans ses dernières écritures, et
qui a fait, en son temps, l’objet de divers articles dans la presse
spécialisée.
Attendu qu’il convient de considérer qu’en se bornant à faire état d’une
condamnation - qui même ancienne conservait tout son intérêt dans les
conséquences toujours actuelles et graves qu’elles pouvaient avoir -,
sans mentionner le nom de l’intéressé et sans se livrer à aucun
commentaire personnel désobligeant à son encontre, le journaliste a, en
l’espèce, fait preuve d’une prudence suffisante dans l’expression.
J’ajouterai que j’ai tout de
même été un peu déçu que la fédération m’ait si peu soutenu dans cette
affaire - elle avait notamment refusé de me transmettre le jugement
condamnant R.B. pour tricherie, mais, certes, elle était dans son droit
en refusant de le faire.
Quoi qu’il en soit, et en conclusion, il
me semble que l’article du Figaro Magazine aura tout de même fini par
faire avancer les choses. Lors d’un récent Bureau exécutif de la FFB,
une modification du règlement disciplinaire a été envisagée. Le compte
rendu du Bureau précise, en effet : « Il est envisagé de remanier
quelque peu le règlement disciplinaire, en particulier en introduisant
parmi l’arsenal des sanctions, une sanction spécifique pour qu’à
l’avenir un joueur qui serait condamné pour tricherie ne puisse à
l’issue de sa peine (si elle est limitée à une suspension) participer
aux épreuves de sélection et représenter la France dans les championnats
par équipe nationale et ce de manière définitive ». Il n’est pas
toujours bon d’avoir raison trop tôt…
Décembre
: A divers titres ...
Les
sexagénaires ont frappé !
C’est dans les vielles marmites qu’on fait la
meilleure soupe…
Voilà une réflexion bien franchouillarde qui vient à l’esprit quand on
connaît le résultat du championnat de France de première division par
équipes. La formation victorieuse était composée de Chemla, Lebel,
Meyer, Reiplinger, Salama (Damiani, le sixième homme, n’a pas participé
à l’épreuve). Paul Chemla et Michel Lebel, anciens juniors doués - ils
sont les véritables pères de la majeure cinquième - ont gagné leurs
premiers titres dans les années 70. Près de 40 ans plus tard, ils
tiennent toujours le haut du pavé. Lebel, pour sa part, et bien que
s’étant mis en retrait de la haute compétition depuis plus d’une
décennie, épingle là son vingtième titre national - « dont aucun en
mixte », se plaît-il à préciser (ni, bien entendu, en senior) - ce qui
doit constituer un record dans le palmarès hexagonal. Incroyable
longévité ! Au bridge, on n’a que l’âge de son talent.
Encourageant pour tous les seniors qui forment la base de la pyramide
des âges des licenciés français, mais, tout de même inquiétant de
constater que la relève tarde à ce point.
Aux Niçois qui mal y pensent.
J’ai été surpris par le titre d’un article du Figaro Magazine, signé
d’Alain Lévy, consacré à la finale du championnat de France Interclubs :
« Les Interclubs pour Zimmermann ». Lévy était, certes, bien
placé pour en parler, étant membre de l’équipe victorieuse, avec Bompis,
Mouiel, Multon, Quantin, Zimmermann, qui défendait les couleurs du
Colonial Bridge Club de Nice - dont Franck Multon est l’emblématique
animateur.
Pourquoi l’ancien journaliste de cette chronique que je suis trouve-t-il
quelques raisons à s’étonner de ce titre ?
Il n’est pas très original, mais après tout, on ne peut pas toujours
l’être dans ce domaine, et un titre laconiquement informatif peut
pallier ce manque. Opter pour le nom du capitaine est un raccourci qui
peut se concevoir, mais dans l’Interclubs, précisément, ne sont-ce pas
plutôt le club victorieux ou la ville de Nice qui auraient mérité être
mis en exergue, surtout dans un journal « grand public » ?
Ethiquement parlant, je tique en voyant le nom du capitaine mis en
avant, quand je sais que celui-ci est le sponsor de l’équipe et qu’il
rétribue notamment le signataire de l’article du Figaro Magazine.
Après cela, nul doute que Lévy méritera de son capitaine une petite
augmentation. Et qu’importe si ma déontologie journalistique en prend
tout de même un petit coup derrière les oreilles.
Pour terminer sur un ton plus léger avec le problème du titre à
trouver pour illustrer un article, je me souviens avoir planché pendant
des heures lorsque Annecy a gagné l’Interclubs, en 2003. Après plusieurs
essais de piètre qualité, tous mes titres s’étaient retrouvés
rageusement raturés et avaient terminé à la corbeille. Le lendemain
matin, en me réveillant, une idée m’était venue spontanément à
l’esprit : Annecy soit-il. Je n’étais pas
mécontent de ma petite trouvaille. Au point que, trois ans plus tard,
manquant de nouveau d’imagination lors de la victoire de Nancy dans
l’Interclubs, j’avoue avoir bêtement profité du filon, avec ce titre :
Nancy soit-il !
Janvier
: Bush
malmené par les championnes du monde !
On
a frisé l’incident diplomatique à Shanghai, rebondissement
aux Etats-Unis
La
victoire de l’équipe féminine américaine dans la Venice Cup, à
Shanghai, a fait, pour une fois, les choux gras de la grande presse
d’Outre-Atlantique. Malheureusement, non pas pour saluer ce nouveau
titre national - la grande presse ne s’intéresse généralement pas
plus au bridge aux Etats-Unis qu’en Europe -, mais pour évoquer le
« scandale » (l’incident, selon certains) qui a marqué la
cérémonie de remise des médailles, au soir du banquet final des
championnats du monde.
En
effet, on avait pu voir sur la plus haute marche du podium l’une des
médaillées, Debbie Rosenberg, jouer les porte-parole de son équipe en
brandissant un message (rédigé au dos d’un menu) : « Nous
n’avons pas voté pour Bush ». En plein territoire chinois,
où, comme chacun le sait, les libertés individuelles, la liberté
d’expression et le droit à la contestation ne sont guère l’apanage
des citoyens de la grande république populaire, cela faisait tout de même
un peu désordre !
Gros
plan sur la plus haute marche du podium, à Shanghai.
De gauche à droite, Jill Levin, Jill Meyers, Debbie Rosenberg et Irina
Levitina (manquent Mmes Narasimhan
et Stansby).
L’affaire
n’avait toutefois pas provoqué de réaction officielle lors de la cérémonie.
Mais au lendemain du championnat, la fédération américaine présentait
des excuses à la fédération mondiale et à la fédération chinoise
pour le comportement de ses joueuses. Aux Etats-Unis, réactions et
critiques furent vives contre cette « déclaration politique déplacée »,
cet acte « antipatriotique ». Des télévisions, des
journaux (comme le New York Times), des agences (dont l’Agence France
Presse), relayèrent l’information. Le grand Bobby Wolff lui-même
prit la parole pour dire que s’il reconnaissait aux joueuses le droit
de s’exprimer et de critiquer, celles-ci n’en avaient pas moins
offensé bon nombre de personnes, et qu’un événement comme un
championnat du monde n’était pas un tremplin pour l’expression des
idées politiques. Pour sa part, l’équipe féminine française vola
au secours des Américaines, estimant comprendre ce geste « non
violent et spontané », ajoutant un étonnant couplet sur la folie
des hommes que les femmes du monde entier se doivent de dénoncer. Un
soutien qui passa mal auprès de certains médias, fustigeant le
traditionnel anti-américanisme des Français.
La
commission des arbitres de la fédération américaine envisagea des
sanctions contres les joueuses (dont trois, Mesdames Meyers, Narasimhan
et Stansby exprimèrent leurs regrets) : une suspension
d’un an, une année probatoire, et 200 heures de travail au service du
bridge. Mais finalement, après entrée en lices des avocats des deux
parties, la fédération opta pour la tolérance et abandonna purement
et simplement toutes les charges contre celles-ci. Les joueuses, en
compensation, acceptèrent de reconnaître comme légitime sa requête
stipulant que, désormais, les membres d’une équipe représentant les
Etats-Unis dans un championnat ne devraient utiliser la cérémonie de
remise des médailles à d’autres fins que celle pour laquelle elle était
faite.
Février : Manque de
Pau
Les 49èmes championnats d’Europe de bridge, prévus à Pau
du 15 au 29 juin prochains, auront-ils lieu ? Rien n’est moins sûr.
A moins de cinq mois de leur ouverture, le
Conseil municipal de la capitale béarnaise vient de décocher une flèche
empoisonnée dans le dos de la Fédération française de bridge :
lors de sa dernière réunion (et l’ultime avant les prochaines élections
municipales de mars), celui-ci a décidé, par 23 voix contre 17, de
rejeter purement et simplement la subvention de 314 367 euros (pour être
précis) qui devait être allouée à la FFB pour l’organisation des
championnats. Incroyable revers de situation ! Mais comment a-t-on
pu en arriver là ?
Voyons cela de plus près. Le 7 décembre
2005, le maire (PS) de la ville, André Labarrère, grande figure
politique régionale, s’engageait par courrier à prendre en charge
une partie des frais d’organisation pour la somme en question. Après
le décès d’André Labarrère, l’an dernier, son successeur, Yves
Urieta, entendait honorer cet engagement, qui permettait, avec la venue
de quelque 2.500 personnes à Pau pendant deux semaines, d’espérer
des retombées économiques juteuses pour la ville et ses commerçants
(estimées à près de 4 millions d’Euros). Mais voilà ! La
cuisine politique locale, sur fond d’échéances électorales, a mis
le feu aux marmites. Yves Urieta, membre du PS, se représente aux
prochaines municipales, mais comme un candidat d’ouverture (il a été
reçu à l’Elysée par Nicolas Sarkozy). Certains membres du Conseil,
qui ne le lui pardonnent pas, se trouvent un penchant soudain pour le
croc-en-jambe. Autre élément important de nature à semer la zizanie
au sein de la municipalité : la décision de François Bayrou de
briguer la mairie de Pau. Du coup, certains adjoints ont décidé de
changer de casaque et de rouler désormais pour le père du Modem, qui
s’est toujours affiché comme un digne héritier de Henri IV, autre
grande figure béarnaise.
Parmi les arguments des divers opposants à
Urieta pour rejeter le budget des championnats d’Europe :
- « depuis deux ans, la fédération n’a entrepris aucune
recherche de financement, à travers un partenariat d’entreprise. »
-
« Rien que pour le dîner de cérémonie de clôture, la FFB
demande 55 000 euros. Cela dépasse les limites. »
-
« Le budget en question représente 380 euros par participant à
ces championnats. Trop cher pour du tourisme d’entreprise ».
Le
Maire crie à la magouille politicienne et aux arrière-pensées
électoralistes. «Si je suis élu en mars, ma première décision
sera de faire adopter ce budget»
Oui,
mais s’il ne l’est pas ! Voilà donc la fédération dans de
beaux draps. Elle ne peut tout de même pas supputer sur l’éventuelle
victoire d’un des candidats - pas vraiment favori depuis l’entrée
en lice de Bayrou. Sera-t-elle alors capable de trouver des sponsors
pour combler le trou ? On n’imagine pas que ce soit actuellement
la Société Générale qui le bouche ! Sans doute la FFB a-t-elle
péché par laxisme dans cette affaire - d’autres emploieront un mot
plus fort. Elle aurait dû être plus vigilante et s’attacher à faire
verrouiller la décision de la subvention municipale depuis belle
lurette. Et disposer ainsi d’un contrat en bonne et due forme.
La prochaine réunion du Bureau de la FFB
aura lieu les 8 et 9 février. Avis de tempête à prévoir. La question
que l’on se pose : y aura-t-il suffisamment de présidents de
comité en colère pour retirer leur confiance au Président Yves Aubry ?
Il existe peut-être un homme pour sortir
la FFB de ce pétrin. Tout le monde y pense instantanément. Suivez mon
regard… Si vous n’avez pas trouvé, voyez du côté de la présidence
de la fédération mondiale. José Damiani, grand ordonnateur de
manifestations internationales de bridge, accepterait-il de relever ce défi,
après avoir été mis sur la touche du bridge hexagonal il y a cinq
ans, dans des conditions qui ne font pas honneur à la FFB ? Ce
serait une sacrée revanche.
Mars
: la Chute
Du nouveau en tête du
classement mondial des bridgeurs (actualisé sur les dix dernières années) :
six Italiens aux six premières places, mais Lorenzo Lauria a perdu sa
couronne et ce sont les petits jeunes qui se sont emparés du
commandement, Fulvio Fantoni étant désormais numéro un, et Claudio
Nunes numéro deux. Les douze premiers :
1-
Fantoni (Ita) - 2-
Nunes (Ita) 3-
Duboin (Ita) 4-
Bocchi (Ita) 5-
Lauria (Ita) 6-
Versace (Ita) 7-
Meckstroth (USA) 8-
Hamman (USA) 9-
Rodwell (USA)
10-
Helness (Nor) 11-
Helgemo (Nor) 12-
Mahmood (USA)
Côté français, c’est l’effondrement. On ne trouve plus que
deux joueurs dans le top 50 : Frank Multon est 39e, et
Paul Chemla, 46e.Dans le classement des Grands Maîtres
mondiaux (prenant en compte la totalité des performances), Hamman est
toujours en tête, devant Garozzo, Wolff, Forquet, Meckstroth, Rodwell,
Chagas, Lauria, Stansby et Martel. On trouve six Français dans le top
50 de cette catégorie : Chemla, 17e, Perron, 24e,
Mouiel, 30e, Mari, 32e, Lebel, 33e, Lévy
41e.
Chez les Dames,
l’Allemande Sabine Auken garde sa couronne, après avoir détrôné
Catherine d’Ovidio l’an dernier - la Française retombe à la 5e
place. Trois Américaines sont à l’affût, et on trouve deux autres
Françaises, Sylvie Willard et Bénédicte Cronier, parmi les douze
premières
1-
Auken (All) 2-
Levitina (USA) 3-
Meyers (USA) 4-
Levin (USA) 5-
d’Ovidio (Fra) 6-
Von Arnim (All) 7-
Willard (Fra) 8-
Vriend (Pays-Bas) 9-
Wang (Chine)
10-
Nehmert (All) 11-
Cronier (Fra) 12-
Sokolov (USA)Deux autres Françaises figurent dans le top 50 :
Véronique Bessis, 24e, et Danièle Gaviard, 29e.
Au classement des Grands Maîtres mondiaux féminins, Jill Meyers (USA)
précède Auken (All), von Arnim (All), Sanborn (USA), Levitina (USA),
Deas (USA), Levin (USA), Sokolov (USA), Smith (Angl), d’Ovidio (Fra).
Autres Françaises parmi les cinquante premières : Willard, 15e,
Cronier, 26e, et
Gaviard, 44e
Du choix des capitaines
Du rififi dans le choix des capitaines des équipes de France Open et
Dames qui disputeront les championnats d’Europe, en juin, à Pau. Les
joueurs de l’équipe Open (Bompis, Quantin, Lévy, Mouiel, Multon,
Zimmermann) ont fait connaître leur désir, auprès de la commission de
sélection, d’avoir Jean-Claude Beineix pour capitaine. Et les
joueuses (Mmes Cronier, Willard, d’Ovidio, Gaviard, Bessis, Nève-Raczsynska),
celui d’avoir José Damiani à leur tête. Un choix qui n’était pas
pour plaire aux dirigeants de la FFB. Les candidats, tous deux anciens
présidents de la fédération française (Damiani étant de surcroît
président de la fédération mondiale), connaissent bien, certes, les
rouages du bridge international, mais ils ne sont guère en grâce auprès
des dirigeants français actuels. Dans un premier temps, la FFB, s’est
opposée à ces choix. La société (de marketing et de relations
publiques) anciennement dirigée par Damiani n’est-elle pas
actuellement en procès avec la FFB, pour une affaire de rupture de
contrat ? Et alors, s’étonnèrent les joueuses ! Il n’en
est même plus le président, ayant pris sa retraite. Mauvaise querelle
qu’on lui cherche. Après palabres et tergiversations, rien ne
s’opposant fondamentalement au choix des joueuses, José Damiani
était sur le point d'être désigné capitaine. En revanche, la candidature
de Jean-Claude Beineix a été écartée. Non pas tant pour un argument
qui fut un moment évoqué : le fait que Beineix, en son temps,
avait été licencié de son poste de dirigeant administratif de la FFB
- à vrai dire, son départ avait été négocié après un accord
amiable entre les parties. Mais en raison de cet autre argument :
il est membre du Bureau de l’European Bridge League, et, à ce titre,
chargé de l’organisation des championnats d’Europe de Pau. Une
activité incompatible avec une fonction parallèle de capitaine, a
estimé la FFB, qui n’aura finalement mangé que la moitié de son
chapeau
Fin
C’est bête, parfois, la vie.
Peter Hecht-Johansen s’est suicidé, à 47 ans, d’un coup de
revolver, dans son appartement de Londres. Ce Danois milliardaire - il
avait hérité d’un gigantesque groupe pharmaceutique fondé par son
grand-père - était passionné de bridge. Il avait créé, il y a cinq
ans, la Hecht Cup, à Copenhague, un tournoi sur invitation auquel était
conviée une grande partie du gratin mondial, dans la lignée du Tournoi
du Sunday Times. On le voyait dans la plupart des grands festivals français,
associé à des champions, où sa bonne humeur était légendaire. Mais
beaucoup ignoraient qu’il était souvent dépressif.
Souvenirs
Henri Salvador, qui vient de mourir, était bridgeur - très
modeste, certes, ce qui ne l’a pas empêché de participer une fois au
festival de Juan-les-Pins. Voici trois de ses réponses à une interview
qu’il avait accordée à La Lettre du Bridge, en janvier 1989 :
-
Quels vœux présentez-vous aux bridgeurs ?
-
H. S. Qu’ils aient plus d’indulgence envers
partenaires et adversaires.
Qu’ils laissent au vestiaire leur égoïsme et leur prétention. Faut
rigoler, quoi !
-
Votre portrait-robot du bridgeur (euse) de tournoi ?
-
H.S. Aïe ! Aïe ! Les derniers jours de Pompéi !
Quelque temps avant la catastrophe. Ruines romaines. Des dents qui
jouent des castagnettes. Et le « top » vers le bas.
-
Que manque-t-il au bridge pour devenir populaire ?
-
H.S. Les champions n’engendrent guère la joie. Et trop
de petits, bien habillés, habitant les beaux quartiers, ont une
attitude malsaine. Sans parler d’une impolitesse généralisée.
Elevons le débat. Il faut décompresser, sourire et déculpabiliser
celui qui chute ! Je suis venu au bridge pour m’amuser, et me
trouve entouré de vautours et de professeurs inutiles.
Avril
: un
mort qui se porte bien
Il existe de nombreux mots anglais dans le
vocabulaire du bridge. Rien de plus normal, vous diront ceux qui sont
persuadés que ce sont les Anglais qui ont inventé ce jeu. En réalité,
ceux-ci ne l’ont pas inventé, mais ils ont contribué à codifier les règles
des enchères, avec les Américains, à partir des années 1900. Petit
rappel historique : le bridge a été introduit à Londres en 1894
par Lord Brougham, alors que l’on y jouait déjà en France, comme en témoigne
un article du Figaro du 26 novembre 1893, qui révèle un engouement
parisien pour « ce nouveau jeu de bridge » ; celui-ci
aurait pris son essor dans les milieux grec et israélite de
Constantinople une trentaine d’années plus tôt, mais Jean-Louis Counil,
auteur de La naissance du bridge (paru en 2004 aux éditions DAG
Jeux), situe plus précisément sa naissance en Grèce dans les années
1850.
Faut-il éradiquer
tous les mots anglais de notre vocabulaire du bridge, comme le souhaitent
les plus ardents défenseurs de notre langue ? N’exagérons pas. Il
est vrai que certains auteurs abusent de termes anglais. Pourquoi se
lancer dans un jump quand on a le saut à sa disposition,
pourquoi procéder à un timing rigoureux alors qu’un minutage
est tout aussi précis, pourquoi inventer le switch lorsqu'une contre-attaque
fait l'affaire, pourquoi parler d’une enchère forcing,
alors qu’elle est tout simplement impérative ou même forçante,
et pourquoi donner le fit à son partenaire plutôt qu’un soutien
(ou fitter plutôt que soutenir) ? Parlons français,
tant que nous le pouvons. Mais que dites-vous, alors, en cas de misfit ?
Là, le mot paraît nettement plus difficile à remplacer. Et, pendant que
vous y êtes, quel sort allez-vous réserver au squeeze et au cue-bid ?
Certains ont risqué une traduction, pas nécessairement très heureuse.
Dans Le bridge et ses drôles de dames, Léo Braverman
et Hervé Mouiel ont remplacé squeeze par rencognage
(et squeezer par rencogner), et cue-bid par enchère
d’emprunt, et dans L’efficacité au bridge, Jacques
Delorme a transformé le cue-bid en réplique.
Mieux
vaut plutôt, me semble-t-il, laisser les emprunts aux banquiers et les répliques
aux acteurs.
En 1839, un
des grands-pères du bridge, Alexandre Louis Honoré Lebreton-Deschapelles
publiait son fameux Traité du Whiste, qui fit autorité, même
auprès des Anglais qui étaient pourtant maîtres dans la pratique de ce
jeu. Ce défenseur farouche de la langue française avait tenu à ajouter
un « e » à Whist, afin de lutter (déjà) contre l’invasion
des mots d’Outre-Manche dans notre vocabulaire. C’est à lui que
l’on doit, par exemple, le mot impasse, pour remplacer ce que les
Anglais appelaient appellent toujours) finesse. Ce qu’avait
oublié Deschapelles, c’est que la finesse était un mot d’un
jeu de cartes français adopté en Angleterre au XVIIIe siècle.
Deschapelles
eut cependant moins de chance avec le mot mort (on jouait, à cette
époque, au Whist à trois avec un mort), appelé dummy - homme de
paille - par les Anglais. Après avoir hésité entre l’aveugle
ou le muet, il proposa finalement de le remplacer par l’ingénu.
Force est de constater que, près de deux siècles plus tard, le mort
est toujours bien vivant.
Mai - Le
coup de Merrimac
Aujourd’hui,
petite incursion dans la petite histoire du bridge.
Commençons par ce problème de défense :
| ª
7
2 |
|
| © V
4 |
|
| ¨
A
6 |
ª
5 3 |
| §
A D 10 9 5 4 3 |
©
R 8 6
|
| |
¨
D V 7
|
| |
§ V
7 |
S N
1ª 2§
2SA
3SA
Ouest
entame du 5 de ©
(en 4e meilleure). Comment
défendez-vous ? Comment appelle-t-on ce coup ? Quelle est son
histoire ?
______________________________________________________
Solution
:
le coup de Merrimac
| |
ª
7
2 |
|
| |
© V
4 |
|
| ª
D
10 9 6 |
¨
A
6 |
ª
5 3 |
| ©
D
9 7 5 |
§
A D 10 9 5 4 3 |
©
R 8 6
|
| ¨ 8
4 3 2 |
|
¨
D V 7
|
| § 6 |
ª
A
R V 8 4 |
§ V
7 |
| |
©
A 10 3 2 |
|
| |
¨ R
10 9 5 |
|
| |
§ R
8 2 |
|
Votre partenaire n’a pas
plus de quatre cartes à Cœur et pas plus de quatre points
d’honneurs. Prenez l’entame de l’As de Cœur et contre-attaquez
bravement du Roi de Carreau. Si vous ne le faites pas, le déclarant se
trouvera en mesure de profiter de l’affranchissement de sa belle
couleur à Trèfle, une fois qu’il vous aura abandonné le Roi - la
couleur étant exploitable grâce à la remontée à l’As de Carreau.
La
contre-attaque du Roi de Carreau livrera au déclarant deux autres levées
dans la couleur, mais elle le limitera à deux levées de Trèfle, alors
que celui-ci en aurait disposé de six sur un flanc passif. Ainsi, le
contrat chutera - après que vous aurez laissé passé un tour de Trèfle.
Ce
sacrifice d’un honneur pour tuer la communication avec le mort a été
baptisé par Ely Culbertson « le coup de Merrimac », en
référence au sacrifice du navire charbonnier qui se saborda, en 1898, à
l’entrée de la Baie de Santiago de Cuba, pour interdire le passage de
la flotte espagnole (restée ainsi prisonnière dans le port), durant la
guerre hispano-américaine. On devrait d’ailleurs dire le « coup
du Merrimac »
Ely Culbertson (1891-1955) Certains auteurs ont pris quelque liberté avec la vérité
historique, à propos de ce coup. On présente souvent le bâtiment comme
un navire de guerre, en situant le sabordage dans la Baie de Santiago du
Chili. Mais le pompon revient à un récent ouvrage de bridge dans lequel
on peut lire : « En souvenir du croiseur Merrimac, qui s’est
sabordé pour bloquer la flotte anglaise lors de la guerre de Sécession
américaine ».
La
guerre hispano-américaine a eu lieu en 1898. Il n’a fallu que six mois
aux Américains pour l’emporter sur les Espagnols qui n’entendaient
pas abandonner leurs possessions dans les Caraïbes.
Le
cuirassé USS Maine coulé dans la rade de La Havane en 1998
Juin
- Autopsie
d’un championnat du monde
Lors des
derniers championnats du monde à Shanghai (Bermuda Bowl, Venice Cup,
Seniors Bowl et Transnational par équipes), des statistiques ont été
établies sur les enchères et le jeu de la carte à toutes les tables
pendant les deux semaines de compétition – tout le monde jouant les mêmes
donnes. Le Néo-Zélandais Jeff Miller s’est livré à l’analyse de
ces précieuses données - 48 704 résultats concernant 822 donnes
- et voici un résumé des principaux enseignements :
Du swing dans l’air !
Dans les quatre compétitions au programme, le swing moyen par donne a
été de 4,25 imp. C’est beaucoup. Pour être plus précis, on a échangé
68 imp en moyenne lors de chacune des séances de seize donnes. Dans la
Bermuda Bowl, on a moins lâché, mais c’est très relatif, car voici
le résultat moyen par épreuve :
Bermuda Bowl :
4,22 imp par donne
Venice Cup : 4,25
Seniors Bowl : 4,31
Transnational : 4,23
Sur 28 % des
donnes, les équipes sont parvenues à une égalité (30 % dans la
Bermuda Bowl), et sur 14 % d’entre elles, le swing n’a été que
d’1 imp. Mais on a enregistré des écarts de 5, 6 ou 7 imp dans 17 %
des cas, et des écarts égaux ou supérieurs à 10 imp dans près de 18
%.
A la fameuse
question « une compétition se gagne-t-elle à l’enchère ou au
jeu de la carte ? », Miller tente d’apporter une solution
chiffrée : de ses calculs, il résulte que la part de la
construction de la victoire dans les différentes rencontres est due à
64 % aux enchères et à 36 % au jeu de la carte.
Le bon contrat
Le contrat le plus
demandé a été la manche en majeure : 28 % des donnes. Mais elle
n’a réussi que dans 68 % des cas. Elle est suivie par 3 SA, 20 %
(pour 71 % de réussite). Viennent ensuite le contrat de 2 en majeur, 12
% (72 % de réussite), celui de 3 en majeure, 8 % (pour une réussite
qui descend à 58 %), et celui de 1 SA, 7 % (dont on dit qu’il est le
plus difficile à jouer, mais 69 % des déclarants n’ont pas manqué
de le mener à bon port). Les petits chelems n’ont été joués que
dans un peu plus de 5 % des cas (mais 6 SA, le moins fréquent - moins
de 1 % -, n’a eu qu’un taux de réussite de 51 %).
Les ouvertures favorites
Quel que soit le système
pratiqué, l’ouverture mineure a été la plus fréquente : 43 %.
Elle devance largement l’ouverture majeure - 28 % - et l’ouverture
de 1 SA - 15 %. L’ouverture de 2 en mineure représente 5 % des cas et
celle de 2 en majeure, 4 %. Toutes les autres ouvertures, hormis celle
de 3 en majeure (2 %), ne dépassent pas 1 %.
Voilà. Tout cela ne fera peut-être pas avancer le bridge, mais ne nous
apporte pas moins un éclairage intéressant sur la pratique de ce jeu
dans la haute compétition.
FFBBOut
Dans l’As
de Trèfle, la revue de la fédération française de bridge, on apprend
que FFBBO, le site de jeu en ligne sur Internet, créé en février 2007
à l’intention des licenciés français, en collaboration avec BBO
(Bridge Base Online), va cesser son activité. « La FFB a décidé
de ne pas poursuivre cette expérience », est-il pudiquement écrit.
Il lui en aura fallu du temps à la FFB pour se rendre compte qu’elle
allait droit dans le mur, en créant à grand frais ce site, alors que,
dès son ouverture, nombreux étaient ceux qui entonnaient le refrain de
la « chronique d’une mort annoncée ». A quoi bon, en
effet, créer un site exclusivement national, quand tous les bridgeurs
français, ou ceux qui jouent un système français (et ils sont
nombreux), peuvent se retrouver librement et très facilement sur BBO ?
La FFB ne nous donne pas le montant de la note que cette « expérience »
aura coûté. 100 à 150 000 euros sont les fourchettes qui
circulent sur internet - salaires et coûts d’hébergement compris.
D’avantage, selon d’autres. La FFB est très riche et gaspille à
merveille l’argent des licenciés.
Chaises
musicales
La nomination
des capitaines des différentes équipes pour les championnats d’Europe
de Pau et des jeux mondiaux de l’esprit de Pékin ressemble à un
ballet de chaises musicales.
Finalement,
la fédération n’a pas accepté que José Damiani, président de la fédération
mondiale, soit le capitaine de l’équipe féminine pour Pau,
contrairement au souhait des joueuses. Mais qui désigner à sa place ?
Difficile de remplacer une telle personnalité du bridge, de surcroît
compétente à ce poste. Bon nombre de candidatures ont été envisagées.
A l’heure qu’il est, à moins de quinze jours de l’ouverture des
championnats de Pau, on vient tout juste de sortir du chapeau deux
juniors, par ailleurs fils de joueuses de l'équipe, pour un capitanat
bicéphale : Julien Gaviard sera capitaine et Thomas Bessis, coach.
Bizarre tout de même !
Pour Pékin,
Hervé Mouiël sera capitaine de l'équipe féminine et Michel Lebel,
celui de l’équipe seniors.
Rien à redire. Leur expérience et leur stature de champions
internationaux plaident pour eux. En revanche, on peut s’étonner de
la désignation de Romain Zaleski comme capitaine de l’équipe Open
dans la capitale chinoise. Zaleski n’est pas très connu sur la
planète bridge. C’est un homme charmant, bien sous tous rapports, bon
bridgeur, mais on cherche en vain ses exploits bridgesques. En réalité,
ses exploits ont été plutôt accomplis du côté de la Bourse. Ce
polytechnicien, ancien chef d’entreprises, ancien actionnaire
principal d’Arcelor, a notamment consolidé sa fortune quand Mittal a racheté
Arcelor. Un capitaine d’industrie peut-il être un bon capitaine au
bridge, bien que ne connaissant pas les rouages de la compétition
internationale ?
Pourquoi pas, a estimé la FFB, qui doit bien avoir
quelques autres idées derrière la tête…
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